Éphéméride 23 avril 1616 : décès de William Shakespeare

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William Shakespeare
Né à Stratford-sur-Avon (Angleterre) le 23/04/1564 ; décédé à Stratford-sur-Avon (Angleterre) le 23/04/1616 (calendrier julien)
Si son œuvre a traversé les siècles pour devenir un monument de la littérature universelle,
l’histoire de Shakespeare semble condamnée à être écrite au conditionnel tant elle est sujette à controverse. Que de thèses échafaudées sur la véritable identité du dramaturge anglais, sur les pièces qu’il aurait écrites ou sur la vie qu’il a menée. Son existence même a été parfois remise en cause. Si la France a attendu le XXème siècle pour entendre une controverse sur la paternité des textes de Molière, Shakespeare voit sa légitimité remise en question dès le milieu du XIXème siècle au profit de Bacon, Marlowe, voire de la reine Elisabeth en personne. Tel Homère, père mythique de la littérature grecque, les auteurs devenus le symbole de leur langue - ne dit-on pas la « langue de Shakespeare » ou la « langue de Molière » - souffrent aujourd’hui de fortes suspicions. Il est vrai que Shakespeare, avec un parcours parfois obscur et des textes retouchés par la postérité, est particulièrement mal logé. Cependant, la biographie « orthodoxe » reste la plus reconnue, dût-elle s’accommoder de bizarreries « mythologiques » telle qu’une date et un lieu de naissance s’accordant parfaitement avec la date et le lieu de mort.
De la jeunesse privilégiée à la « disparition »
William Shakespeare naît le 23 avril 1564 à Stratford-sur-Avon dans le comté de Warwick en Angleterre au sein d’une famille catholique. Son père John est un ancien paysan enrichi devenu gantier et Mary Arden, sa mère, est issue de la bourgeoisie. De la jeunesse de William, on ne connaît que peu de choses, sinon qu’il fut certainement l’élève de l’école de Stratford et que son père eut apparemment des difficultés financières. En novembre 1582, William épouse Anne Hathaway, femme de huit ans son aînée et qui lui donne un enfant dès le mois de mai. Suivent des jumeaux en février 1585.

Puis, on perd la trace de Shakespeare pour longtemps. On ne sait quasiment rien de ses années de formations. L’hypothèse traditionnelle est que Shakespeare aurait quitté Stratford pour éviter les représailles d’un certain sir Thomas Lucy sur les terres duquel il aurait braconné. Il aurait alors rejoint Londres. Mais cette supposition repose surtout sur l’anecdote du délit de chasse de Falstaff dans Henry IV. Aucun élément matériel ni témoignage n’est en mesure de la confirmer.

Toujours est-il qu’en 1592, la plume assassine du dramaturge Robert Greene rend compte de la présence de Shakespeare à Londres dans le milieu théâtral. Greene stigmatise en effet le jeu et la plume du Stratfordien dans un pamphlet nommé « Un liard de malice ». Pendant les dix années entre son mariage et ce fameux article, on ne sait rien de l’auteur : d’époux précoce à Stratford, il est devenu dramaturge et acteur reconnu sur la scène effervescente du théâtre élisabéthain. Mais la route qu’il a empruntée nous reste inconnue. C’est d’ailleurs un point qui alimente les thèses critiques sur l’identité de Shakespeare.

Le dramaturge et acteur du Globe Theatre
Alors que le théâtre élisabéthain culmine à Londres, Shakespeare gagne le goût des autorités, ce qui lui assure succès et situation financière confortable. Il s’établit au Théâtre du Globe avec la compagnie des « Lord Chamberlain’s Men », dont il est l’un des sociétaires. La troupe prend le nom de leur protecteur Lord Chamberlain, alors censeur officiel des représentations théâtrales.

A défaut de connaître véritablement Shakespeare, on distingue quatre périodes dans ces œuvres. De 1590 à 1594, celles-ci répondent aux attentes des autorités : elles mettent en scène des drames historiques et politiques tels que Henry VI et Richard III. La sagesse, l’harmonie des pouvoirs sont opposées aux désordres et injustices nés de l’ambition personnelle. Shakespeare écrit dans la même période de nombreuses comédies comme La Mégère apprivoisée et des œuvres poétiques tel que Vénus et Adonis. Les œuvres de la période suivante, de 1594 à 1600, appartiennent à des registres proches. Ainsi le dramaturge écrit Henry IV mais aussi du Songe d’une nuit d’été, un exemple caractéristique des comédies au ton fantaisiste de l’époque. Mais Shakespeare y écrit aussi l’une de ses tragédies les plus connues : Roméo et Juliette.

A partir de 1600, les œuvres prennent un ton plus grave et sont empreintes de pessimisme. Ainsi, dans Hamlet, le jeune prince du Danemark, confronté à la nécessité de la vengeance, peine à trouver les forces pour accomplir son destin tragique et entretient un rapport ambigu avec la mort. Mort, démesure, pour ne pas dire folie, sont en effet des thèmes récurrents de ces tragédies. Ainsi, dans le personnage d’Ophélie, amour, folie et suicide s’enchaînent dans un inéluctable crescendo. Quant au tyran Macbeth, il règne dans le sang et la déraison. Même les comédies n’en sont plus vraiment, tant le pessimisme pointe derrière l’humour. Ainsi Tout est bien qui finit bien ou encore Mesure pour mesure sont désormais classées comme des « pièces à problèmes ».

Malheureusement, on ne connaît aucun élément biographique qui permette de comprendre ce changement dans l’écriture de Shakespeare. Au cours de cette période, qui court jusqu’à 1608, la troupe, bien installée au Globe puis au Blackfriars, change de nom après la mort de la reine Elisabeth en 1603. Elle prend alors de nom de « King’s Men » (troupe du roi).

Après 1608, les tragédies laissent place à des tragi-comédies moins noires mais qui n’en demeurent pas moins graves, par exemple le Conte d’hiver ou encore la Tempête.

Le retour à Stratford
En 1611, Shakespeare décide de se retirer du théâtre et de prendre sa retraite sur ses terres natales. Sur ses cinq dernières années, on sait juste que Shakespeare a eu quelques démêlés judiciaires quand à la possession de terrains. Il s’éteint le 23 avril 1616 à l’âge de 52 ans. Enterré dans le chœur de l’église de la Trinité à Stratford, il laisse derrière lui une œuvre impressionnante et un épitaphe explicite maudissant quiconque ouvrirait ou déplacerait sa tombe.


Bien qu’il ait bénéficié de la reconnaissance du public et de la cour de son vivant, le destin de William Shakespeare reste mal connu, sinon dans les grands traits. Pourtant ses œuvres complètes sont éditées dès 1623 dans le fameux Folio. En fait, elles ne sombreront jamais dans l’oubli en Angleterre. En France, il faut attendre les romantiques pour que Hamlet ou encore le Songe d’une nuit d’été soient reconnus et appréciés. Mais depuis, Shakespeare est pensé comme un auteur essentiel au même titre que les écrivains nationaux. C’est d’ailleurs le cas dans de nombreux pays où les pièces sont encore représentées régulièrement. Les mises en scène, souvent très dépouillées ou transposées dans le monde actuel, témoignent de la modernité de Shakespeare. Avec de multiples adaptations de Hamlet, Macbeth ou encore Roméo et Juliette, le cinéma rend aussi régulièrement hommage au dramaturge anglais.

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Éphéméride 22 avril 1901 : naissance d'Alexandre Vialatte

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Auteur de centaines de chroniques publiées dans La Montagne et Le Spectacle du monde, Alexandre Vialatte (1901-1971) fut journaliste régional, écrivain et le premier traducteur en France de Franz Kafka (Le Procès, 1933).


Alexandre Vialatte, né le 22 avril 1901 à Magnac-Laval (Haute-Vienne) et mort le 3 mai 1971 à Paris, est un écrivain français.

Installé une première fois à Ambert (Puy-de-Dôme) avec sa famille en 1915, il rencontre en 1916 les frères Paul et Henri Pourrat, auxquels le liera une longue amitié, surtout avec le dernier. Cette amitié, ponctuée de nombreuses randonnées pédestres dans les monts du Livradois et du Forez, et d'une abondante correspondance, sera un peu de nature « filiale ».
Germanophone, il est de 1922 à 1928 secrétaire de rédaction de La Revue Rhénane en Allemagne, dans la zone occupée par les forces françaises. En 1938, il est professeur de français au lycée franco-égyptien d'Héliopolis, près du Caire.

Il s'engage en 1939 et est fait prisonnier en Alsace en juin 1940, ce qui provoque en lui un effondrement psychologique qui le conduit à l'hôpital psychiatrique de Saint-Ylie, près de Dole. Après avoir tenté de s'y suicider, il en sort en 1941. Cette expérience est relatée dans Le Fidèle Berger, roman du soldat qui sombre dans la folie à force de marcher et sera sauvé en pensant à la femme aimée. Son ami Henri Pourrat mentionne[1] « ce bourg où Vialatte, en se retrempant chaque jour dans le limpide étang des Escures, écrivit en trois semaines Le Fidèle Berger, et, c'est le plus étonnant des livres de guerre parus durant la guerre, le plus profond. Celui où la colère, l'humour, la simplicité, la fidélité nous parle de plus près ».

En 1948, il retourne à Ambert, puis s'installe à Paris (en face de la prison de la Santé). Il écrit, de 1952 jusqu'à sa mort, les 898 Chroniques publiées (sauf 10) dans le journal quotidien auvergnat
La Montagne.
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Éphéméride 21 avril 1699 : décès de Jean Racine

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Jean Racine est un écrivain français né à La Ferté-Milon où il fut baptisé le 22 décembre 1639, mort à Paris le 21 avril 1699.

Biographie de Racine (Gustave Lanson, «La Grande Encyclopédie», 1885-1902)
«Il était fils de Jean Racine, contrôleur au grenier à sel ou procureur au bailliage, et de Jeanne Sconin, qui mourut le 28 janv. 1641 en donnant le jour à une fille. Jean Racine mourut le 6 févr. 1643. Les deux orphelins furent recueillis par les grands parents, le petit Jean par la grand-mère Racine, née Marie Desmoulins, et la petite Marie par le grand-père Sconin. Marie Desmoulins, veuve en 1649, se retira bientôt après à Port-Royal. La famille était de longue date attachée aux jansénistes. En 1638 et 1639, dans un temps de persécutions, Lancelot, Antoine Lemaistre et Lemaistre de Séricourt avaient trouvé asile chez Mme Vitart, soeur de Marie Desmoulins : puis les Vitart s’étaient installés aux portes mêmes de Port-Royal des Champs, où leurs fils avaient été élevés. Une autre soeur de Marie Desmoulins avait été religieuse à Port-Royal : sa fille, tante de Racine, y était encore et devait y être abbesse, c'est la mère Agnès de Sainte-Thècle. En se retirant à Port-Royal, Marie Desmoulins mit son petit-fils au collège de la ville de Beauvais, maison janséniste. De là, en 1655, Racine passe à l'école des Granges, sous la direction de Lancelot et de Nicole. M. Hamon et Antoine Lemaistre s'occupèrent aussi du petit Racine qu'ils voulaient pousser vers le barreau. Racine fit alors ses premiers vers, les sept odes du Paysage de Port-Royal, etl'ébauche des Hymnes du bréviaire romain. Il rimait aussi de petits vers et des madrigaux, et s'égayait assez dans ses lettres à son cousin Antoine Vitart. Il aimait les romans et relisait sans se lasser Les Amours de Théagène et de Chariclée. En 1658, Racine alla faire sa philosophie au collège d'Harcourt; puis il s'installa à l'hôtel de Luynes, chez son cousin Nicolas Vitart, intendant du duc. Il commence à voir le monde ; il se lie avec de beaux esprits, l’abbé galant Le Vasseur et l'épicurien La Fontaine. Il écrit une ode, La Nymphe de la Seine, en l’honneur du mariage du roi (1660). Perrault et Chapelain louèrent la pièce, et Chapelain fit donner une gratification à l'auteur. Mais le théâtre attirait Racine : il fit en 1660 une pièce intitulée Amasie, que les comédiens du Marais, après hésitation, refusèrent; puis il écrivit pour l'Hôtel de Bourgogne le plan d'une tragédie des amours d'Ovide. Port-Royal et surtout la tante Agnès de Sainte-Thècle s'attristaient de ces essais. Racine recevait mal les reproches et les conseils. Cependant, pour complaire à sa famille, il se laissa envoyer à Uzès, auprès de son oncle, Antoine Sconin, vicaire général et prieur des chanoines réformés de la cathédrale (nov. 1661). Racine étudia la théologie avec l’espérance de succéder à son oncle dans quelqu'un de ses bénéfices. Mais il continuait de lire Virgile, Homère et Pindare ; il entretenait une correspondance très profane et libre avec Vitart, Le Vasseur et La Fontaine. Il rentra à Paris en 1663, décidé à suivre sa vocation poétique. Il est probable qu'il tint de son oncle Sconin les bénéfices dont on le voit plus tard en possession, le prieuré de Sainte-Madeleine de l'Epinay en 1664, 1667 et 1668; celui de Saint-Jacques de La Ferté en 1671, 1672 et en 1674, et celui de Saint-Nicolas de Chésy en 1673. A peine de retour à Paris, il perdit sa grand-mère (12 août 1663). Une ode sur La Convalescence du roi, qui avait eu la rougeole, lui valut 600 livres de gratification, dont il fit son remerciement par l'ode intitulée la Renommée aux Muses. Cette pièce plut au duc de Saint-Aignan qui introduisit l'auteur à la cour. Elle lui procura aussi la connaissance de Boileau, avec qui il se lia d'une étroite amitié. Il fut aussi en relations amicales avec Molière qui joua en 1664 sa tragédie La Thébaïde. Les relations se refroidirent par un mauvais procédé de Racine : Molière avait reçu sa seconde pièce, Alexandre le Grand, qui eut un grand succès et consolait Saint-Evremond de la vieillesse de Corneille ; mais Racine, mécontent de l'interprétation de sa tragédie, la porta à l'Hôtel de Bourgogne, si bien qu'on la vit en même temps sur les deux scènes (1665). Il menait alors une fort libre et joyeuse vie avec ses amis Boileau et La Fontaine. L'épicurien Chapelle, les courtisans Vivonne et Nantouillet étaient de leur société et lui donnaient une couleur assez libertine. Racine, avec eux, hanta les cabarets, le Mouton blanc, la Pomme du Pin, la Croix de Lorraine. Ilacheva d'y perdre sa pureté janséniste. Puis il aima des comédiennes, la Duparc qui mourut en 1668 et qui paraît avoir été la grande passion de sa vie, la Champmeslé ensuite, qu'il ne quitta qu'en renonçant au théâtre. On entrevoit par Mme de Sévigné (1er avr. 1671, à Mme de Grignan) l'existence de Racine à cette époque : elle nous parle de ces parties où Racine et la Champmeslé, avec Despréaux, font vis-à-vis à Charles de Sévigné et Ninon : ce sont « des soupers délicieux, c.-à-d. des diableries » (Sévigné, t. II, p. 137). Tout cela pénétrait Port-Royal d'horreur, et ils confondaient dans leurs anathèmes la création poétique et la fréquentation des comédiennes. Racine, trop bien instruit par eux pour ne pas leur donner un peu raison contre lui au fond de son coeur, n'en portait que plus impatiemment leurs censures. Il se fâcha tout à fait quand il se crut désigné par un passage des Visionnaires que Nicole écrivit contre Desmarets de Saint-Sorlin. Au lieu de défendre le théâtre, il fit contre Port-Royal une lettre fort méchante, où M. Lemaistre et la Mère Angélique, qui étaient morts, n'étaient pas épargnés (janv. 1666). Port-Royal répliqua : sur quoi Racine écrivit une seconde lettre que Boileau l'empêcha de publier. Cet endroit de sa vie, où la vivacité de son humeur l'avait fait glisser jusqu'à l'ingratitude, lui fit plus tard beaucoup de peine. Cependant il continuait de travailler; et, en nov. 1667, il donna Andromaque à l'Hôtel de Bourgogne : il y avait attiré la Duparc. La Thébaïde se ressentait de Corneille et de Rotrou; Alexandre révélait l'étude de Corneille et de Quinault. Dans Andromaque éclatait, avec le goût de l'antiquité, l'originalité de Racine. Le succès fut très vif; les critiques furent vives aussi (1ère Préface de Racine; Saint-Evremond, Oeuvres mêlées, t. I, pp. 286 et 320). Perdou de Subligny fit jouer le 18 mai 1668 par Moliére une parodie d'Andromaque, La Folle Querelle ou la critique d'Andromaque qu'il fit précéder ensuite d'une très sévère préface; les remarques de style de Subligny ne furent pas inutiles à Racine. Après Andromaque vinrent Les Plaideurs, farce écrite par un poète qui sentait la poésie d'Aristophane (Les Guêpes). Furetière et Boileau, qui connaissaient bien le Palais, fournirent des traits à l'auteur, qu'un récent procès avait initié à la chicane. La comédie, d'abord composée pour Scaramouche, fut jouée à l'Hôtel de Bourgogne en nov. 1668 : reçue froidement à la ville, elle se releva à la cour. Britannicus parut à la scène le 13 déc. 1669 : Boursault nous a conservé le souvenir de la première représentation (dans la nouvelle d'Artémise et Poliante). La pièce fut très discutée : on n'en épargna que le style. Racine, fâché d'avoir toujours contre lui les amis de Corneille (par ex., Saint-Evremond, Oeuvres mêlées, II, 325), s'en prit aigrement dans la première Préface de sa tragédie à Corneille même, qui peut-être avait regardé son oeuvre avec peu de bienveillance. Bérénice fut jouée à l'Hôtel de Bourgogne le 21 nov. 1670, huit jours avant que Molière donnât le Tite et Bérénice de Corneille. C'était, dit-on, la duchesse d'Orléans, Madame Henriette, qui avait donné le sujet et mis les deux poètes aux prises. L'abbé Montfaucon de Villars publia en 1671 une critique de Bérénice; mais il fut ensuite plus sévère encore pour Corneille qu'il n'avait été pour Racine. Une réponse à l'abbé de Villars a été attribuée à Subligny ou à l'abbé de Saint-Ussans. En 1673 parut à Utrecht une comédie anonyme en prose intitulée Tite et Titus, ou Critique sur les Bérénice : on y donnait l'avantage à Racine. Bérénice fut le premier rôle confié par Racine à la Champmeslé. En janv. 1672 eut lieu la première représentation de Bajazet. La pièce réussit, malgré les partisans de Corneille qui, comme toujours, n'y trouvaient pas assez d'exactitude historique (cf. Segraisiana; le Mercure galant du 9 janv. 1672; Mme de Sévigné, Lettres du 13 et du 15 janv. et du 16 mars 1672). Racine devait son sujet à M. de Césy qui avait été ambassadeur à Constantinople, dont les récits lui avaient été rapportés, semble-t-il, par le chevalier de Nantouillet. Il est difficile pourtant d'admettre qu'il ait ignoré la nouvelle de Segrais, Floridon ou l'Amour imprudent (dans les Nouvelles françaises ou Divertissements de la princesse Amélie, 2 vol., 1656-57), où l'aventure de Bajazet avait été traitée. Les sujets modernes et contemporains, assez fréquents dans la tragédie du XVIe siècle, et au début du XVIIe, étaient devenus rares : depuis l'Osman de Tristan, on n'avait eu aucune tragédie turque, ni moderne. Bajazet ramena la tradition ; mais Racine eut à justifier sa hardiesse dans sa Préface. Racine fut reçu à l'Académie française le 12 janv. 1673 : le même mois, peut-être la veille, Mithridate fut joué. L'applaudissement fut général : on crut retrouver le sublime de Corneille joint cette fois à la tendresse de Racine. Cependant on reprocha encore à l'auteur d'avoir « changé la vérité des histoires anciennes » (De Visé). Iphigénie en Aulide fut représentée d'abord à Versailles le 18 août 1674, puis à l'Hôtel de Bourgogne en janv. 1675. Racine s'était inspiré surtout d'Euripide, mais il devait aussi quelque chose à Rotrou. Le succès fut immense et incontesté. Mais une cabale de beaux esprits et d'auteurs jaloux essaya de l'entraver. Le Clerc, s'aidant de Rotrou, et aidé par Coras, brocha une Iphigénie, qui, pronée deux mois à l'avance, fut jouée cinq fois à l'hôtel de Guénégaud, à partir du 26 mai 1675. Pour appuyer la manoeuvre, un anonyme publia le 26 mai des Remarques sur l'Iphigénie de M. Coras, très flatteuses, et des Remarques sur l'Iphigénie de M. Racine, très sévères. Après Iphigénie, une édition qui parut des neuf tragédies écrites par Racine donna lieu au janséniste Barbier d'Aucour de manifester l'hostilité de sa secte par une méchante satire en vers, Apollon vendeur de Mithridate, ou Apollon charlatan (1676); ce ramas de tout ce qui s'était dit de malveillant sur Racine eut un certain succès. Les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne jouèrent la Phèdre et Hippolyte de Racine le 1er janv. 1677; et le 3, la troupe de l'Hôtel de Guénégaud jouait une tragédie de Pradon, de même sujet et de même titre. Pradon, sur le bruit que Racine travaillait au sujet de Phèdre, et peut-être même ayant eu connaissance du plan de l'ouvrage, écrivit sa pièce en trois mois. L'hôtel de Bouillon l'appuyait : c.-à-d. la duchesse de Bouillon, nièce de Mazarin, son frère le duc de Nevers, Mme Deshoulières, etc. La duchesse de Bouillon loua les deux salles, ou au moins les loges, pour six représentations. Le succès de l'ouvrage de Racine n'en fut que retardé : pour la pièce de Pradon, elle alla d'abord aux nues, et la curiosité du public la maintint encore assez longtemps sur la scène. La querelle s'envenima, Pradon accusa Racine et Boileau d'avoir empêché les deux meilleures artistes de Guénégaud de jouer dans sa tragédie; il leur reprocha d'avoir fait interdire une critique de l'oeuvre de son rival, en forme de comédie, Le Jugement d'Apollon sur la Phèdre des anciens, qu'il lut à l'hôtel de Bouillon. Sur cette affaire se greffa celle des sonnets : Mme Deshoulières, aidée de quelques amis de la cabale, avait fait un sonnet injurieux sur la Phèdre de Racine. Le poète et son fidèle Despréaux, attribuant le morceau au duc de Nevers, ripostèrent sur les mêmes rimes par des vérités fort indécentes : sur quoi le duc renvoya, encore par les mêmes rimes, des menaces de coups de bâton pour les deux écrivains. M. le prince dut intervenir et leur offrit un asile à l'hôtel de Condé : ce qui n'empêcha pas un quatrième sonnet d'affirmer que Boileau « fut hier bien frotté ». On attribue à Subligny une Dissertation sur les tragédies de Phèdre et Hippolyte qui parut en 1677. On y donnait la supériorité à Racine pour le style, à Pradon pour l'intrigue : ce jugement représente assez bien le goût général du public. Le récit de Théramène fut très critiqué (Subligny; Lamotte, Discours sur la poésie en général et sur l'ode en particulier, 1701, réfuté par Boileau, 11e Réflexion sur Longin; Fénelon, Lettre à l'Académie; Ch. De la Tragédie); Louis Racine défendit son père dans une Comparaison de l'Hippolyte d'Euripide avec la tragédie de Racine sur le même sujet, lue en 1728 à l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Après Phèdre, Racine se retira du théâtre, laissant inachevée une Iphigénie en Tauride, dont il avait dressé le plan, et une Alceste qui était écrite en partie : on a fait bien des hypothèses pour expliquer cette retraite, à trente-sept ans, en pleine gloire, en pleine vigueur du génie. Racine n'a pas fait ses confidences à la postérité : il faut s'en tenir aux conjectures. Est-ce le dégoût produit en lui par la cabale qui fit quelque temps échec à Phèdre? Depuis dix ans, les critiques le faisaient souffrir, l'irritaient; mais s'il avait cédé seulement à sa sensibilité, on conçoit qu'il eût fait serment de ne plus écrire pour le théâtre, on ne conçoit pas qu'il ait tenu son serment peu dans plus de vingt ans. Il est certain que ce fut le jansénisme qui arracha Racine à la poésie dramatique : il s'était réconcilié un peu avant Phèdre avec ses anciens maîtres. Il entra dans leurs sentiments sur l'impossibilité de concilier la vie chrétienne avec le théâtre. Son retour à la foi de son enfance détermina sa retraite. Quelle part curent dans sa détermination et dans sa persévérance les procès de la Brinvilliers et de la Voisin? Il est impossible de le dire, ni, au cas où ces événements le touchèrent, s'il fit des réflexions sur l'immoralité d'un théâtre d'amour et la séduction contagieuse des crimes de passion, ou s'il fit un retour plus profond sur lui-même et sur quelque ancienne aventure de sa vie amoureuse (Funck-Brentano, l'Affaire des poisons, 1899, in-18). Toujours est-il qu'il prit en telle horreur le monde qu'il voulut se faire chartreux (si toutefois Louis Racine n'a pas attribué à son père une intention qui appartient à son frère Jean-Baptiste). Sur le conseil (le son confesseur, il se maria. Il épousa le 1er juin 1677 Catherine de Romanes, femme pieuse et indifférente à la poésie; il en eut cinq filles, dont deux se firent religieuses, et deux fils, Jean-Baptiste, qui après avoir servi dans les ambassades, vécut longtemps retiré dans la piété et dans l'étude, et Louis qui fut poète, ou crut l'être. Les lettres de Racine le montrent fort occupé de l'éducation de ses enfants qu'il dirigeait avec une tendresse inquiète et une dévotion scrupuleuse. Dans son acte de mariage, Racine est qualifié conseiller du roi et trésorier de France en la généralité de Moulins : en mai 1677, il fut nommé avec Boileau historiographe du roi. Louis XIV leur commanda de tout quitter pour se consacrer au récit de sa vie. Cette charge attacha Racine à la cour, où il réussit par sa noble physionomie, sa parole élégante et son tact délicat. Les deux historiographes suivirent le roi aux sièges de Gand et d'Ypres en 1678, et au voyage d'Alsace en 1683. Racine seul alla à Luxembourg, en 1687, et assista aux dernières campagnes du roi en Flandre en 1691, 1692 et 1693. Il prenait sa tâche très au sérieux, quêtant partout des informations et des mémoires. Par malheur, l'oeuvre inachevée des deux amis périt en 1728 dans l'incendie de la maison de M. de Valincour. Malgré l'aversion du roi pour les jansénistes, Racine restait très attaché à Port-Royal. Il visitait Nicole ; il correspondait avec Arnauld; il osa, seul des amis du dehors, assister au service funèbre d'Arnauld qui fut célébré à Port-Royal. Il servit les religieuses dans leurs affaires et leurs peines, rédigeant des mémoires, négociant avec les archevêques de Paris, Harlay et Nouilles. Pendant longtemps, cette conduite ferme et modérée ne lui fit point de tort. Le roi l'aimait, l'appelait volontiers pour le faire causer ou lire. Auprès de Mme de Maintenon aussi, il était en faveur. Elle le chargea avec Boileau de revoir le style des Constitutions de Saint-Cyr. Puis, lorsqu'elle se résolut à ne plus laisser jouer de pièces profanes, comme Andromaque, par les demoiselles, elle chargea Racine de composer des ouvrages religieux. Il reprit le sujet sauvent traité d'Esther. Les représentations eurent beaucoup d'éclat : la première eut lieu à Saint-Cyr le 26 janv. 1689; il s'en donna cinq autres jusqu'au 19 févr. (Cf. Sévigné, lettre du 2 févr. à Mme de Grignan). On joua encore la pièce en 1690, puis en 1697, pour la duchesse de Bourgogne, mais cette fois sans éclat et sans pompe, dans une classe de Saint-Cyr ou dans une chambre de Versailles. Les courtisans se plurent à reconnaître Mme de Maintenon dans Esther, Mme de Montespan dans Vasthi et Louvois dans Aman. Le succès d'Esther engagea Racine à composer Athalie. Mais dans l'intervalle l'évêque de Chartres, Godet Desmarais, éveilla les scrupules de Mme de Maintenon, qui fit jouer Athalie sans décorations et sans costumes dans une classe. Il y eut trois répétitions, les 5, 8 et 22 janv. 1691; quelques autres à Versailles, dans la chambre de Mme de Maintenon, en 1691, 1692 et 1693; enfin en 1699 et 1702 pour la duchesse de Bourgogne. Le peu de bruit de ces représentations fit croire dans le public que la pièce était manquée; seul Boileau soutint que c'était le chef-d'oeuvre de son ami. Athalie ne parut à la Comédie-Française qu'en 1796, et Esther en 1724. Excepté ces deux drames qui montrent que Racine n'avait rien perdu de son génie dans sa retraite, il ne manqua guère à la promesse qu'il avait faite de renoncer à la poésie. Un prologue d'opéra, où il mit la main avec Boileau, une Idylle à la paix, composée en 1683 pour une fête que le marquis de Seignelay donnait au roi dans sa maison de Sceaux, et plusieurs épigrammes mordantes contre de méchants auteurs et de mauvaises tragédies, voilà à peu près toutes les rechutes de son talent poétique en vingt ans : je ne compte pas les quatre beaux cantiques spirituels, publiés en 1694, qui sont d'un chrétien autant que d'un poète. On conte que Racine mourut de chagrin, disgracié, pour avoir remis à Mme de Maintenon un mémoire sur la misère du peuple que le roi surprit. C'est une légende. Le mémoire que fit Racine pour être déchargé d'une taxe extraordinaire imposée aux secrétaires du roi (il en avait acheté l'office en 1696) ne fut pour rien dans les chagrins de ses derniers jours : il n'y était pas question de la misère du peuple. Si Racine déplut à Louis XIV, c'est par son jansénisme, dont il se justifiait par une lettre adressée à Mme de Maintenon. Il ne tomba point publiquement en disgrâce : il fut toujours des voyages de Fontainebleau et de Marly. Mais il sentit que le roi s'était refroidi, et il en souffrit. Il mourut le 21 avril 1699, d'un abcès au foie. Il demanda à être inhumé à Port-Royal des Champs, au pied de la fosse de son ancien maître, M. Hamon. Quand Port-Royal fut détruit, et le cimetière violé, les restes de Racine furent rapportés à Saint-Étienne du Mont. Une enfance grave, dans la sérénité triste de Port-Royal, une jeunesse orageuse, dans les compagnies les plus libres, des passions et des plaisirs sans retenue, puis tout d'un coup la vie de famille, modeste et recueillie, tous les soins d'un père chrétien, et en même temps, par une conciliation qui ne pouvait se faire qu'en ce temps-là, l'assiduité auprès du roi, la gloire de la faveur et l'art de la flatterie délicate dans le noble décor de Versailles et de Marly, à la fin les amertumes secrètes, la disgrâce sourde qui conduisent aux désillusions dernières et rendent le chrétien tout à son Dieu : voilà la vie inégale, tourmentée et pourtant harmonieuse de Racine, où se succèdent et se rapprochent les aspects les plus opposés. Dans cette vie se déploient une âme passionnée, tendre, et qui savait goûter la douceur des larmes, une imagination ardente, active, qui grossissait les peines et les inquiétudes, un amour-propre inquiet, endolori, irritable, que la moindre piqûre affolait, des vivacités d'humeur et des duretés, lorsqu'il était blessé, qui voilaient la bonté intime de cette nature ; et sur tout cela, un esprit vaste, puissant, fin, exquis, capable également de juger la vérité des choses avec précision, et de sentir la beauté des choses avec ravissement. A Port-Royal, chez les comédiennes, à l'Académie, au foyer domestique, chez le roi, partout il paraît à sa place, égal à tous les emplois, d'amoureux ou de courtisan, de bel esprit ou de chrétien, s'acquittant de tout avec la même grâce aisée et, délicate. Mais surtout c'est un poète, par cette délicatesse toujours vibrante de sentiments et d'impressions. Les traits caractéristiques du génie de Racine doivent se chercher dans les neuf tragédies qu'il adonnées à partir d'Andromaque. En les publiant, il les a fait précéder de préfaces intéressantes, mais où l'on aurait tort de chercher toute une poétique : en général, Racine se contente de discuter les objections qu'on lui a faites, ou qu'il prévoit. il n'explique point en détail la théorie de son art. Au reste, il ne prétendait pas à changer ni à renouveler la technique. Il accepte la forme et les règles de la tragédie, qu'il trouve établies; il se plie aux unités sans les discuter. Il prend le genre tel que Corneille et d'Aubignac l'ont constitué : il saura y faire apparaître son originalité, qui est moins dans la nouveauté des formules techniques que dans la vérité, le pathétique et la poésie de l'invention morale. Il prend ses sujets dans la légende ou l'histoire antiques : il va où la matière est riche et parle à l'imagination, déjà élaborée par de grands esprits de poètes et d'historiens; ses sources sont les tragiques grecs, Virgile, Sénèque, Tacite, Plutarque, et la Bible. La Grèce fabuleuse, l'histoire romaine, et enfin l'histoire juive, voilà le domaine où il s'enferme, évitant les annales sèches et vagues des peuples mal connus. Une fois, il se hasarde à traiter un sujet moderne, dans Bajazet, estimant que « l'éloignement des lieux répare la trop grande proximité des temps», et que ces Turcs, si distants de nous par les moeurs, sont capables de grandeur et de noblesse tragiques. Jamais il ne tente de sujets fictifs : pour lui, comme pour Corneille, la réalité historique, ou son équivalent, la légende reçue dans la croyance des hommes, garantissent la justesse des enchaînements psychologiques. Aussi s'est-il piqué de garder la vérité de l'histoire, et c'est le point sur lequel il revient le plus constamment dans ses Préfaces. Les contemporains pourtant lui disputèrent ce mérite : si l'on fait la part de la malignité et de l'envie, leurs critiques attestent l'étonnement qu'ils éprouvent à voir prendre pour ressort de la tragédie historique, non plus la politique comme chez Corneille, mais l'amour. Puis, dans cette peinture de l'amour, on lui a reproché de donner aux anciens et aux Turcs l'air et le ton français. Tabac, après Voltaire, voit des courtisans français dans les amoureux de Racine. Il faut reconnaître que certaines nuances nobles et délicates du dialogue racinien révèlent le grand siècle et le voisinage de Versailles; mais la critique tombe surtout sur les caractères secondaires : si Xipharès ou Hippolyte sont deux Français, il y a bien autre chose dans Néron, Mithridate et Athalie. Si l'on considère en quel état étaient alors les sciences historiques, on verra sans peine que Racine a fait tout ce qui se pouvait faire en son temps: Il a senti en poète les temps fabuleux de la Grèce ; en historien et en poète, l'empire romain, l'Asie hellénisée, l'âme judaïque. Il s'est efforcé d'évoquer ta représentation des milieux légendaires ou historiques, d'en faire comme la toile de fond devant laquelle se développe son action et évoluent ses personnages. Il a peint aussi avec curiosité des individus historiques, leur gardant, jusque dans leur réduction à un type général, certains traits caractéristiques de leur personnalité: on le comprendra en comparant Mithridate et Nicomède. L'imitation artistique est le but de Racine dans l'usage de l'histoire : il ne vise qu'à exprimer poétiquement certaines civilisations et certains individus. Mais l'histoire, au théâtre, se décompose aisément en tableaux à peine liés, et fournit matière à des portraits strictement individuels : il s'agissait pour Racine d'y introduire une liaison rigoureuse et des types généraux. L'amour lui a fourni le moyen tout à la fois d'enchaîner et d'humaniser la matière historique. Par l'amour, passion universelle, il a généralisé les caractères individuels; par l'amour, passion extrême et furieuse, il a serré et précipité l'action. Voilà comment il a fait de l'amour le ressort de son théâtre. Cela convenait au public. Le temps des conspirations était passé; le roi gouvernait seul avec quelques commis. Les générations nouvelles, désintéressées de la politique, jouissaient de l'abandon des grandes ambitions et des nobles intérêts; dans la paix magnifique que procurait le despotisme royal, les plaisirs de la société et de la cour, les conversations, la galanterie les occupaient. A ce public, Corneille ne convenait plus : il se retrouvait dans Quinault, et Racine avait de quoi l'enchanter en le dépassant. Voilà donc comment se construisit la tragédie de Racine: une intrigue d'amour enserra étroitement l'évocation légendaire ou historique. Rien ne fut donné à la curiosité du passé: Racine ne fait pas de tableaux. Tous les détails évocateurs se coulent dans les dialogues, parmi les accents de passion; le milieu se peint par l'action même. Des individus héroïques sont ranimés en leur singularité touchante ou monstrueuse ; mais leur caractère singulier est employé rigoureusement à nuancer une passion générale, l'amour le plus souvent, dont les effets s'inscrivent dans l'action. Point de reconstitution des époques, point de résurrection des individus qui se fasse au détriment de la continuité de l'action, en la suspendant ou la retardant, Racine a gardé la loi essentielle du théâtre classique, que Corneille avait dégagée: la poésie dramatique est action, et tout ce qui n'est pas action n'est pas du théâtre. Et l'on entend par action, non pas la réalisation scénique des faits, mais la chaîne continue des effets, le passage incessant d'un état à un autre jusqu'à l'état définitif qu'on appelle dénouement. Conformément à cette conception, une tragédie de Racine est la recherche d'un dénouement : un problème est posé dans l'exposition, et la solution, tour à tour attirée et écartée par l'effort des personnages,. se détermine au cinquième acte. Rien d'oiseux n'est admis. Il n'y a pas une scène qui ne concoure à la production du dénouement ou qui n'y fasse obstacle. On a souvent loué la simplicité de l'intrigue chez Racine : et c'est justice. Il a rejeté les complications et les moyens extraordinaires. Andromaque se ressentait encore de l'art cornélien; dans les autres pièces, Racine abandonne les histoires à deux fils, et réduit le sujet d'amour à la forme la plus simple, une femme aimée de deux hommes, un homme disputé entre deux femmes (Britannicus, Bérénice, Mithridate; Bajazet, Iphigénie, Phèdre). Pour nouer et dénouer son intrigue, il use des moyens les moins cherchés et les plus naturels, les plus rapprochés parfois de la vie ordinaire, sans crainte de manquer à la dignité tragique. On lui a fait honneur d'avoir tiré toute l'action des caractères, d'avoir pris dans les passions des personnages tous les moyens qui meuvent l'intrigue. Ce n'est pas tout à fait vrai. Et du reste, dans la vie, le hasard et les coïncidences ont leur part : rien ne parait plus artificiel qu'un drame où la volonté humaine conduit tout. Racine a gardé la juste mesure : sans exclure les coups de fortune et de fatalité, il a voulu surtout étudier les effets de passion, et ainsi il a présenté le plus souvent les faits qui étaient en relation avec les passions, il a suivi les prolongements des émotions de l'âme dans la réalité extérieure. Toute son intrigue est bâtie de façon à donner du jeu aux passions. Comme il excluait les développements purements pittoresques qui ne contribuaient pas à nouer ou dénouer l'intrigue, il s'est interdit les tirades pathétiques dont l'action ne profitait pas. Sa psychologie est une psychologie de l'action; elle est l'analyse des mobiles qui possèdent une vertu de production ou d'inhibition relativement à de certains actes. Ce qu'il a cherché dans les caractères, c'est la genèse et les causes des faits constituant la matière historique ou légendaire. De là le pathétique saisissant des analyses de Racine : toutes ces déductions de sentiments se résolvent rapidement en actes, en résolutions violentes ou criminelles, en coups de théâtre effrayants et pitoyables. Cette psychologie est admirable, unique de vérité et de finesse. Nul n'a mieux démêlé les enchaînements des états passionnels et la secrète logique des orages du coeur. Racine n'a pas de parti pris étroit, de système exclusif sur l'âme humaine. Il ne nie pas la volonté; il lui accorde presque toujours le combat, parfois la victoire. Mais il croit (et son éducation janséniste y est pour quelque chose sans doute) que l'humanité est ordinairement faible, et que, même chez les héros, les passions ont plus d'empire que la raison. Il ne donne pas non plus une formule unique de l'amour. Il ne refuse pas de le fonder sur l'estime, sur l'idée de la perfection, comme Corneille : mais il voit là une exception. Dans la vie, l'origine de l'amour est le plus souvent l'appétit sensuel, ou la curiosité, ou même la pitié, enfin une disposition de la sensibilité plutôt qu'une connaissance de l'esprit. Et surtout aimer, c'est aimer : on ne sait pas d'ordinaire pourquoi l'on aime, on ne le sait ni de soi-même ni d'autrui. Aussi Racine n'imposera-t-il pas à ses personnages une façon uniforme d'aimer : chacun d'eux aimera selon son caractère, avec son accent et son humeur propres. Ce qu'il a distingué par une vue d'une vérité saisissante, ce sont deux qualités d'amour : une affection tendre et douce, faite pour se dévouer et se sacrifier, et une passion dominatrice et violente, qui souffre aussi, mais qui surtout fait souffrir, qui va jusqu'à tuer. Les contemporains sentirent mieux la grâce du premier amour que la vérité du second : tant de fureur les gêna, les attrista, et, domptés qu'ils étaient déjà ou glacés par la politesse, leur parut médiocrement vraisemblable et tout à fait brutal. Racine dut se justifier d'avoir fait Néron méchant, quoique amoureux. Mme de Sévigné croyait Racine incapable de peindre une autre passion que l'amour : elle se trompait. S'il a préféré l'amour pour sa vertu dramatique, il a montré pourtant qu'il était capable d'analyser aussi exactement l'amour maternel, l'amitié, l'ambition, l'envie, l'orgueil, l'enthousiasme religieux et national: Il a su faire à l'amour une place très réduite dans Iphigénie, l'éliminer entièrement d'Esther et d'Athalie :et nulle part sa psychologie n'a été plus sûre et plus fine. Comme il ne s’asservissait qu'à la vie, ses caractères, même quand ils semblent des exemplaires d'une même passion, se différencient par des traits délicats : ils offrent une étonnante variété. Il a peint en perfection des caractères virils, Oreste, Néron, Mithridate, Joad : mais il est vrai que, tandis que Corneille a réussi à exprimer la raison de l'homme, Racine a été surtout le peintre de la passion féminine. Presque dans toutes ses oeuvres, la femme est au premier plan: Andromaque et Hermione, Bérénice, Roxane, Phèdre, Esther. Agrippine et Athalie ne s'effacent pas à côté de Néron et de Joad, ni Clytemnestre auprès d'Agamemnon. Dès que l'amour est le ressort principal de la tragédie, la femme naturellement devient le personnage principal. Aussi a-t-on fait dater de Racine l'empire de la femme sur la littérature. Mais il y a avant lui les romans, depuis l'Astrée, et au théâtre, Quinault : et dans la société, par l'apaisement des passions politiques et l'épanouissement de la vie mondaine, le règne de la femme avait commencé; la tragédie de Racine a suivi l'évolution des moeurs. Pourtant Racine s'est séparé des contemporains, et a été véritablement inventeur en trois choses : par delà la galanterie, il a retrouvé l'amour, tendresse ou fureur ; à la place de l'amour-vertu, source d'héroïsme, il a vu l'amour-faiblesse, cause de défaillances et de crimes; et enfin il a pour un siècle et demi fixé la formule de la femme, être de passion, sans moralité ni raison assez fortes pour faire échec à la passion, n'existant que par et pour l'amour, et capable en le suivant de toutes les incohérences et de toutes les contradictions. Avant lui, dans le théâtre, comme dans le roman, la femme n'avait pas de traits distincts de ceux de l'homme; il faudrait aller aux fabliaux et aux farces de l'ancienne littérature pour trouver une ébauche de psychologie féminine. On a disputé sur la vérité du théâtre de Racine: Taine l'estime surtout locale et particulière; c'est la vérité des moeurs françaises, de la vie de cour et de salon. M. Brunetière l'estime surtout générale et humaine : c'est la vie de tous les hommes et de tous les jours. La juste formule serait celle qui combinerait les deux jugements qu'on vient de lire. Racine a peint l'humanité, mais il l'a peinte dans des formes, avec un goût et un style qui appartiennent à son siècle. Il nous offre bien plus que la vie de cour, mais il nous offre autre chose aussi que la réalité commune. A des amours dont la brutalité ou la fureur ne s'exprime guère en réalité que par le geste ou le cri, il prête toutes les délicatesses de l'analyse et l'abondance du raisonnement. Ces passions, rares ou inconnues dans les salons, et dont on cherche les exemples dans la rudesse populaire; sont chez Racine idéalisées, transposées par la condition héroïque ou royale des personnages et aussi par le recul dans des siècles lointains, ou par la différence des moeurs étrangères. Il nous offre ainsi une vérité d'un caractère tout spécial, très éloignée de tous les réalismes et qui a pourtant une saveur exquise de réalité. Avec le pathétique et la vérité, Racine a la poésie. Il a la poésie qui naît de l'histoire, de la représentation du passé en sa beauté et en son étrangeté : il accuse, d'accord avec le goût de son temps, plutôt la beauté que l'étrangeté. Cela apparaît dans la façon dont il imite Euripide ou Homère. Il a aussi la poésie qui naît des sentiments, de leur valeur propre, indépendante de leurs effets et des actions qu'elles produisent, en un mot la poésie lyrique. II a mis tout son art à fondre ces deux sortes de poésie dans l'action dramatique, de façon que chaque tableau évocateur, chaque émotion lyrique fussent des ressorts d'action, intervinssent comme mobiles ou obstacles dans les délibérations ou les conflits des personnages. La tragédie avec Corneille se perdait dans l'analyse, sacrifiait le pathétique et la poésie à la vérité, à la logique. L'originalité de Racine a été, en gardant la formule cornélienne de la tragédie, l'intrigue serrée, l'action rapide, la psychologie exacte, d'y faire rentrer le pathétique et la poésie. Il a choisi ses sujets et ses personnages de telle sorte que les sentiments par lesquels l'intrigue se développe et va à son dénouement, eussent par eux-mêmes une force pathétique et une beauté poétique. L'individu qui agit ou examine les raisons d'agir, souffre, et dans son raisonnement, il fait passer les visions des objets qui l'émeuvent, il fait entendre le chant de la passion qui le travaille. Voilà comment dans une forme dramatique si opposée à celle des Grecs, Racine a ramené le pathétique puissant et la poésie exquise des Grecs. Il est au reste un des rares écrivains de la France qui aient eu une connaissance approfondie et un sentiment vif de la littérature grecque. C'est ce qui lui a permis de juger d'un si juste coup d'oeil ce qu'elle avait d'admirable et de propre, et ce qui s'en pouvait transporter dans notre tragédie classique. A un public indifférent à l'art grec, et qui n'en aurait pas eu l'intelligence, s'il y avait fait attention, Racine fit goûter quelques-uns des plus purs mérites de l'art grec. Il ne chercha pas à faire violence au goût de ce public, et il ne prit que ce qu'il pouvait espérer de faire passer, tant qu'il travailla pour les comédiens. Lorsqu'il composa pour les demoiselles de Saint-Cyr ses deux dernières tragédies, asservi qu'il était à des convenances morales dont le respect ne lui coûtait rien, il se sentit plus libre du côté de l'art. Il prit sa matière dans la Bible et rapprocha sa forme de la tragédie grecque. Il desserra l'intrigue dans sa délicieuse élégie d'Esther; il osa parler aux yeux et aux sens par la composition scénique et la mise en scène dans Athalie : dans les deux pièces, il mit des choeurs, et même dans le dialogue il dégagea l'accent lyrique. Son influence fut immense. Sa tragédie fut pendant cent cinquante ans le modèle de la tragédie. Si Corneille ou Quinault fournirent des procédés, c'est par l'impuissance où l'on fut d'égaler la simplicité, la nudité, la vérité de Racine : on ne songea pas à nier que là fut l'idéal. De Racine on garda la construction de l'intrigue, l'habitude de réduire tous les sujets à l'amour; on s'efforça de reproduire la noblesse harmonieuse de son style. On en copia l'élégance sans en voir et sans en prendre l'énergie ni la précision, ni la poésie. On ne sut jamais l'imiter, et en ce sens il n'eut pas de disciples. Voltaire, pas plus que Campistron, ne lui ressemble. Mais les romantiques ne se trompaient pas quand, voulant détruire la tragédie, et en cherchant l'idéal, le type parfait et incontesté, ils remontaient jusqu'à Racine. Outre ses tragédies, Racine a laissé diverses poésies: lo des poésies lyriques dont les principales sont le Paysage ou Promenade de Port-Royal des Champs,document intéressant sur la jeunesse et la formation du talent de Racine, et les Cantiques spirituels, qui sont, avec les choeurs d'Esther et d'Athalie, les chefs-d'oeuvre du lyrisme français dans la seconde moitié du XVIIe siècle; 2° des épigrammes, en général spirituelles et mordantes, et même malignes. L'oeuvre en prose comprend: 1° La Lettre à l'auteur des hérésies imaginaires et la Lettre aux deux apologistes de Port-Royal, la première imprimée en 1666 (in-4, s.d.), la seconde publiée seulement en 1722 dans une édition de Boileau donnée à La Haye. - 2° Deux Discours prononcés par Racine à l'Académie française, l'un à la réception de l'abbé Colbert en 1678, et l'autre à la réception de Thomas Corneille et Bergeret en 1685 : c'est dans celui-ci que Racine rendit une justice éclatante au grand Corneille. La harangue que prononça Racine, lorsqu'il fut reçu lui-même, est perdue. - 3° L'Abrégé de l'histoire de Port-Royal, publiée partiellement en 1742, et complètement en 1767. Boileau a peut-être collaboré en quelque mesure avec Racine pour cet ouvrage, ou tout au moins a révisé la rédaction première. Il est probable que Racine fit cette histoire dans les derniers temps de sa vie ; il n'eut pas le temps de l'achever. Outre le mérite du style, elle vaut par les souvenirs que l'auteur a pu recueillir de première main. - 4° Diverses particularités concernant Port-Royal, recueillies par Racine dans ses conversations avec Nicole. C'est un petit écrit de quelques pages, de simples notes. Imprimé en 1807. - 5° Un Mémoire pour les religieuses de Port-Royal des Champs, présenté au cardinal de Noailles, archevêque de Paris, quand les religieuses de Port-Royal de Paris réclamèrent contre le partage des biens fait en 1669, lors de la séparation des deux maisons. - 6° Des fragments et notes historiques, matériaux pour l'histoire du roi, de date et de provenance diverses, de rédaction souvent incomplète et sommaire. - 7° Cinq explications de médaillés dans l'Histoire métallique de Louis XIV, composée par l'Académie des inscriptions et belles-lettres, et publiée en 1702. - 8° Des traductions, la Vie de Diogène le Cynique, de Diogène Laerte, et divers morceaux d'auteurs ecclésiastiques, exercices de jeunesse, qui remontent sans doute au séjour de Racine à Uzès; des extraits de Lucien et de Denys d'Halicarnasse sur la manière d'écrire l'histoire, qui datent du temps où Racine devint historiographe et réfléchit aux devoirs de sa charge; une partie du Banquet de Platon, version entreprise entre 1678 et 1686 pour Mme de Rochechouart, abbesse de Fontevrault, qui traduisit le reste; ce travail fut publié en 1732. En outre, quelques passages de la Poétique d'Aristote ont été traduits par Racine, en marge d'un exemplaire du Commentaire de Victorius (Vettori). Il est à remarquer que tous ces essais et fragments de traductions se rapportent à des textes grecs. La culture de Racine est hellénique autant que latine : c'est une marque rare en ce siècle. On possède aussi certaines notes de Racine, parmi lesquelles un certain nombre concernant les passages de la Bible relatifs au sujet d’Athalie. Mais il faut signaler surtout comme étant d'un intérêt considérable les remarques faites par Racine au cours de ses lectures. Il a fait dès le temps de son séjour à Port-Royal des extraits de saint Basile, de Virgile, d'Horace, de Tacite, de Quintilien; à diverses époques de sa vie, des extraits de Cicéron, de Tite-Live, de Quinte Curce, de Vaugelas. A Uzès, il remplit des cahiers de remarques sur les Olympiques de Pindare, et sur les dix premiers livres de l'Odyssée. Enfin, on connaît beaucoup de livres ayant appartenu à Racine (cf. l'éd. P. Mesnard, t. VI, p. 167 ; P. Bonnefon, la Bibliothèque de Racine, dans la Revue d'histoire littéraire de la France, 1898) ; beaucoup de ces livres portent des annotations marginales; il y en a sur le livre de Job, l'Iliade, Pindare, Eschyle, Sophocle, Euripide, Platon, Aristote, Plutarque, Lucien, Cicéron, Pline le Jeune, l'historien moderne La Barde, qui a écrit en latin, l'abbé d'Aubignac. On remarquera encore la place que tiennent les auteurs grecs dans les lectures de Racine. Les lettres de Racine sont en assez grand nombre; les parties les plus importantes sont sa correspondance avec Boileau et sa correspondance avec son fils aîné Jean-Baptiste. L'esprit et le coeur du poète s'y peignent. On lui a attribué un certain nombre de pièces en vers et en prose, parmi lesquelles une Relation du siège de Namur, et une Réponse de Mgr l'archevêque de Paris aux quatre lettres de Mgr l'archevêque de Cambrai. Les oeuvres de Racine ont été publiées par lui-même chez Claude Barbin en 2 vol. in-12, 1676, 1687 et 1697. Des éditions données depuis la mort du poète, la principale, et qui abolit toutes les précédentes, est celle qu'a publiée M. Paul Mesnard, 8 vol. in-8 et deux albums, 1865-70." GUSTAVE LANSON, article "Jean Racine" de La Grande Encyclopédie (publiée entre 1885 et 1902)

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Éphéméride 20 avril 1894 naissance de Joseph Delteil

Joseph Delteil est un écrivain et poète français né le 20 avril 1894 à Villar-en-Val dans l'Aude, à 30 kilomètres au sud de Carcassonne, dans le Val de Dagne.
En 1898, son père achète une parcelle de vigne à Pieusse à 30 kilomètres plus loin du côté de Limoux. C’est là, dira Delteil, son « village natal », au cœur du terroir de la Blanquette de Limoux, « où le paysage s’élargit, où l’on passe de la forêt au soleil, de l’occitan au français ».
Il y demeure jusqu’à son certificat d’étude (1907), puis il intègre l’école Saint-Louis à Limoux. Il est ensuite élève au collège Saint-Stanislas (petit séminaire) de Carcassonne.
La parution, en 1922, de son premier roman
Sur le fleuve Amour attire l'attention de Louis Aragon et André Breton.
Delteil collabore à la revue
Littérature et participe à la rédaction du pamphlet « Un cadavre » écrit en réaction aux funérailles nationales faites à Anatole France (octobre 1924). Breton le cite dans son « Manifeste du surréalisme » comme l'un de ceux qui ont fait « acte de surréalisme absolu ».
Le 24 mai 1924, à la Soirée du Claridge où l'ancien Corps des Pages de Russie donne un bal de bienfaisance, un défilé de mode avec des costumes de Sonia Delaunay illustre un poème de Joseph Delteil
La Mode qui vient. « L'apparition de ce groupe souleva les applaudissements de la mondaine assemblée. »
La publication, en 1925, de
Jeanne d'Arc, ouvrage récompensé par le Prix Femina, suscite le rejet des surréalistes et de Breton en particulier. Cette œuvre est, pour Breton, une « vaste saloperie ».
Delteil participe au premier numéro de
La Révolution surréaliste, mais après un entretien dans lequel il déclara qu'il ne rêvait jamais, il reçut de Breton une lettre de rupture.
En 1931, il tombe gravement malade et quitte la littérature et la vie parisienne pour le sud de la France. En 1937, il s'installe à la Tuilerie de Massane à Grabels près de Montpellier où il mène jusqu'à sa mort une vie de paysan-écrivain, en compagnie de sa femme, Caroline Dudley, qui fut la créatrice de la
Revue nègre.
Dans sa retraite occitane, il entretient de solides amitiés avec les écrivains (Henry Miller,...), les poètes (Frédéric Jacques Temple,...), les chanteurs (Charles Trenet, Georges Brassens), les peintres (Pierre Soulages), les comédiens (Jean-Claude Drouot,...).
En publiant, en 1968,
La Deltheillerie, il retrouve un peu de la notoriété des années 1920, soutenu par des personnalités comme Jacques Chancel, Jean-Louis Bory, Michel Polac, Jean-Marie Drot.
Il est décédé le 16 avril 1978 à Grabels dans l'Hérault.

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Éphéméride 19 avril 2001 décès d’André du Bouchet

André du Bouchet naît en France d'un père américain d'origine française mais né en Russie et d'une mère d'origine russe juive. Il passe son enfance en France jusqu’à la proclamation des lois de Vichy, qui interdisent à sa mère l'exercice de sa profession de médecin dans un hôpital public. Avec sa mère et sa sœur, il fait le trajet à pied de la région parisienne jusqu'à Pau. Sur la route, le dictionnaire de grec Bailly sera sa seule lecture. Ils empruntent le dernier paquebot pour l'Amérique au départ de Lisbonne pour rejoindre leur père qui résidait déjà aux États-Unis.
Il passe son adolescence en Amérique et poursuit des études à Amherst College et à l’Université Harvard, devenant même professeur d’anglais.
André du Bouchet revient en France en août 1948 et publie ses premiers textes critiques en français sur Hugo, Reverdy, Char, Ponge, Pasternak, Baudelaire ou Shakespeare, dans
Les Temps modernes, Critique ou Les Cahiers GLM.
Les premiers écrits poétiques des années 1950 paraissent sous la forme de plaquettes qui seront plus tard refondues dans
Dans la chaleur vacante (Mercure de France, 1961, prix de la critique ; réédité en 1991 dans la collection Poésie (Gallimard).
Sa poésie exigeante s’inscrit dans le sillage de Stéphane Mallarmé et voisine avec celle de Pierre Reverdy ou René Char.
Il est le cofondateur en 1967 avec Yves Bonnefoy et Jacques Dupin de la revue
L'Éphémère, qui accueille des poètes comme Paul Celan, Philippe Denis, Jean Daive, Alain Suied, Philippe Jaccottet, Alain Veinstein, ou des prosateurs comme Michel Leiris, Louis-René des Forêts et Pascal Quignard.
Parallèlement à son travail poétique, André du Bouchet écrit des livres de critiques d’art, sur Poussin, Seghers ou ses contemporains et amis Alberto Giacometti, Bram van Velde et Pierre Tal Coat. Ceux-ci illustreront de nombreux livres d’André du Bouchet. Il signe de nombreuses traductions comme celles de Hölderlin, Mandelstam, Faulkner, Joyce, Celan et Shakespeare.
Il obtient le Grand prix national de la poésie pour l'ensemble de son œuvre en 1983.
Installé pour une partie de l'année à Truinas dans la Drôme depuis les années 1970, André du Bouchet y décède le 19 avril 2001.

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Éphéméride 18 avril 1974 décès de Marcel Pagnol

Marcel Pagnol naît à Aubagne le 28 février 1895. Fils d'un instituteur fermement laïque et d'une mère couturière, il entreprend de brillantes études. Il publie quelques poèmes dans la revue Massilia. En 1914, à peine âgé de 15 ans, il perd sa mère, avec qui il entretenait une relation fusionnelle. La même année, il créé avec quelques amis la revue Fortunio, qui deviendra Les cahiers du sud. Réformé de l'armée suite à la faiblesse de sa constitution, il obtient en 1915 une licence ès lettres et littérature vivante en anglais.

Il obtient alors différents postes de répétiteurs qui le mèneront jusqu'à Paris. Il décide alors de prendre congé de l'éducation nationale afin de se consacrer à l'art littéraire et au théâtre. Il écrit
Topaze : la pièce sera un triomphe. Fort d'une nouvelle notoriété, il décide, contre l'avis de tous, d'écrire une pièce se déroulant dans sa région de coeur, et crée Marius, l'histoire d'un jeune marseillais attiré par le large : le casting réunit Orane Demazis, Charpin et Raimu. Le triomphe sera gigantesque.

En 1926, après avoir assisté à Londres à une projection de
Broadway Melodies, un des premiers films parlant, il décide de se consacrer au cinéma, devenu parlant. Marcel Pagnol décide d'apprendre le métier par lui-même. En 1932, il se rapproche des studios Paramount afin d'y apprendre toutes les facettes du milieu. Il supervise ainsi l'adaptation cinématographique de Marius en 1931, réalisée par Alexandre Korda et reprenant l'intégralité du casting original. Le public lui donnera raison, et fera un triomphe à Marius, puis à ses suites, Fanny de Marc Allégret en 1932 et César, qu'il réalise lui même en 1936.

En 1932, Pagnol crée ses propres studios, afin de diriger totalement son tournage, et fonde une cité du cinéma. Il met en scène Charpin, Orane Demazis (avec qui il aura un fils), Fernandel, et surtout Raimu qu'il considère comme le plus grand acteur du monde et à qui il offre
La Femme du boulanger. En bon provençal, Marcel Pagnol respecte les traditions : les tournages sont souvent interrompus ou reportés en fonction de la prolongation d'une partie de boules, et l'auteur n'abandonnera jamais sa traditionnelle sieste, qu'il fera tout au long de sa vie. Qualifié de «menteur de charme» par Fernandel , il interprète lui-même tous ses personnages lors de l'écriture. Lors du tournage du Schpountz, leur sommet commun dont il écrit les dialogues au jour le jour, il se dispute avec Fernandel, qui le trouve fainéant : ils se fâcheront définitivement.

En 1941, Pagnol rencontre Jacqueline Bouvier, qui deviendra sa femme en 1951. Il lui écrira
Manon des Sources, elle restera sa compagne jusqu'à la fin.

En 1947, il est reçu à l'Académie Française. En 1954, sa fille Estelle meurt subitement, à l'âge de quatre ans. Il ne s'en remettra jamais, et renoncera au cinéma peu de temps après. Reconnu comme l'un des grands du cinéma français, il est président du Festival de Cannes 1960. Courtisé par Hollywood, il est un des seuls (avec Fernandel ) à s'y être toujours refusé.
En 1955, il reviendra un certain temps sur scène avant de se consacrer à la rédaction de ses souvenirs, qui le feront connaître du monde entier. Sa dernière grande passion sera le masque de fer, auquel il consacrera deux livres.

En 1974, le plus marseillais des parisiens meurt dans la capitale. Il est enterré au cimetière de La Treille, près de Camoins-les-Bains, dans les collines provençales de son enfance, auprès de sa mère et de sa dernière fille, Estelle. Sa tombe porte l'inscription : "
Il a aimé les sources, ses amis, sa femme".

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Éphéméride 17 avril 1911 naissance d’Hervé Bazin

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Né à Angers, le 17 avril 1911, Hervé Bazin (Jean Hervé-Bazin à l'état-civil), petit-neveu de l'académicien catholique René Bazin, a vécu une enfance troublée très tôt par le départ de ses parents en Chine, et plus tard par son renvoi de plusieurs collèges religieux. Bachelier, premier au Concours général de sciences naturelles, licencié ès-lettres ; mais de multiples conflits familiaux perturbent sa santé et le conduisent plusieurs fois en maison de repos. Il se réfugie dans la poésie, à laquelle Paul Valéry lui conseille de renoncer. En 1934, l’auteur du
Cimetière marin l’encourage à se tourner vers la prose. En dix ans, Hervé Bazin, vivant de divers métiers, écrit alors quatre romans qu'il ne publiera jamais.
En 1946, il fonde avec un petit groupe d'amis une revue poétique,
La Coquille et reçoit l'année suivante le prix Apollinaire pour son recueil de poèmes : Jour. Il publie son premier roman, Vipère au poing en 1948 qui lui vaut le Prix des lecteurs et le révèle d'emblée au grand public. Sa vie est jalonnée de nombreux voyages (Afrique du Nord, Europe Centrale, Canada, U R. S S.), de désordres familiaux (trois mariages) et d'importants succès littéraires.
En 1949, il obtient le Prix de la Presse latine ; en 1956, l'année de
Qui j'ose aimer, un référendum des Nouvelles littéraires le consacre "meilleur romancier des dix dernières années" ; en 1957, il reçoit le Grand Prix de Littérature de Monaco ; en 1958, il est élu membre de l'Académie Goncourt au siège de Francis Carco ; en 1960, il succède à La Varende à la présidence de l'Association des écrivains de l’Ouest ; en 1967, il reçoit le Grand Prix de l'humour noir.
Il a été élu président de l'Académie Goncourt en 1973.
Il est décédé le 17 février 1996.

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Éphéméride 16 avril 1844 naissance d’Anatole France

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Anatole France, de son vrai nom François-Anatole Thibault, est un écrivain français, né le 16 avril 1844 à Paris, décédé le 12 octobre 1924 à Saint-Cyr-sur-Loire. Il est considéré comme l'un des plus grands écrivains de la Troisième République, dont il fut également l'un des plus importants critiques littéraires, et comme l'une des consciences les plus significatives de son temps, s'engageant en faveur de nombreuses causes sociales et politiques du début du XXe siècle.
            Son père, Noël France, d'abord sous-officier légitimiste, démissionna au lendemain de la Révolution de 1830. Il tint sur le quai Malaquais, à Paris, une librairie spécialisée dans la Révolution française. La période révolutionnaire constitue l’arrière-plan de plusieurs des romans et nouvelles d’Anatole France, dont
Les Dieux ont soif, qui est considéré comme son chef-d’œuvre.
             De 1853 à 1862, Anatole France fait ses études à l'institution Sainte-Marie et au collège Stanislas. Il obtient son baccalauréat en 1864.               
À partir du début des années soixante, il travaille pour diverses libraires et revues, mais refuse de prendre la suite de son père. Sa carrière littéraire commence par la poésie. Il est disciple de Leconte de Lisle, avec qui il travaillera quelque temps comme bibliothécaire au Sénat. Il fait partie du groupe du Parnasse à partir de 1867.
              En 1876, il publie
Les Noces corinthiennes chez Lemerre. La même année, il devient commis-surveillant à la Bibliothèque du Sénat.
            Anatole France se marie en 1877 avec Valérie Guérin de Sauville dont il aura une fille, Suzanne, née en 1881 et qui mourra en 1918. En 1888, il engage une liaison avec Madame Arman de Caillavet, qui tient un célèbre salon littéraire de la Troisième République ; cette liaison durera jusqu'à la mort de celle-ci en 1910. Madame Arman de Cavaillet lui inspire
Thaïs (1890) et Le Lys rouge (1894). France divorce en 1892.              
Anatole France s'est orienté tardivement vers le roman ; il connaît son premier succès public à trente-huit ans, en 1881, avec
Le Crime de Sylvestre Bonnard, couronné par l'Académie française. Cette œuvre tranche avec le naturalisme qui règne alors.
Il devint en 1887 critique littéraire du prestigieux journal
Le Temps.
Anatole France est élu à l'Académie française le 23 janvier 1896, au fauteuil 38, où il succède à Ferdinand de Lesseps. Il y est reçu le 24 décembre 1896.
           Anatole France s'engage en faveur de nombreuses causes. Il tient plusieurs discours dénonçant le génocide arménien et soutient Archag Tchobanian, rejoint Émile Zola, avec qui il s'est réconcilié, lors de l'affaire Dreyfus ; au lendemain de la publication de
J'accuse, il signe, quasiment seul à l'Académie française, la pétition demandant la révision du procès. Il rend sa Légion d'honneur après qu'on l'eut retirée à Zola et refuse longtemps de siéger sous la Coupole. Il participe à la fondation de la Ligue des droits de l'homme. Son engagement dreyfusard se retrouve dans les quatre tomes de son Histoire Contemporaine (1897 - 1901), chronique des mesquineries et des ridicules d'une préfecture de province au temps de l'Affaire. C'est dans cette œuvre qu'il forge le terme xénophobe. Il fait un très beau discours aux funérailles de Zola : « il fut un moment de la conscience humaine » dit-il.
            France s'engage pour la séparation de l'Église et de l'État, pour les droits syndicaux, contre les bagnes militaires. Au début de la Première guerre mondiale, il écrit des textes guerriers et patriotes, qu'il regrettera par la suite, mais milite en faveur d'une paix d'amitié entre Français et Allemands, ce qui suscitera l'indignation et l'hostilité, et lui vaudra des lettres d'insultes et des menaces de mort. Il prend position en 1919 contre le Traité de Versailles, signant la protestation du groupe Clarté intitulée « Contre une paix injuste », et publiée dans
l'Humanité, 22 juillet 1919.
            Ami de Jaurès et de Pressensé, il collabore dès sa création à l'
Humanité. Proche de la SFIO, il est plus tard critique envers le PCF. S'il écrit un Salut aux Soviets, dans L'Humanité de novembre 1922, il proteste contre les premiers procès faits aux socialistes révolutionnaires. À partir de décembre 1922, il est exclu de toute collaboration aux journaux communistes. Anatole France, tout en adhérant aux idées socialistes, s'est ainsi tenu à l'écart des partis politiques, ce dont témoignent ses romans pessimistes sur la nature humaine, tels que L'Île des pingouins et surtout Les Dieux ont soif (publié en 1912) qui, à cause de sa critique du climat de Terreur des idéaux utopistes, fut mal reçu par la gauche.
            Il se marie en 1920 avec Emma Laprévotte. Il est lauréat en 1921 du prix Nobel de littérature pour l'ensemble de son œuvre, et le reçoit à Stockholm le 10 décembre.
         En 1922, l'ensemble de ses œuvres (
opera omnia) fait l'objet d'une condamnation papale (décret du 31 mai 1922).
           Pour son 80e anniversaire, au lendemain de la victoire du Cartel des gauches, il assiste à une manifestation publique donnée en son honneur le 24 mai 1924 au palais du Trocadéro. Il meurt le 12 octobre à La Béchellerie (Indre et Loire) et des funérailles nationales sont célébrées le 18 octobre 1924.

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Éphéméride 15 avril 1980 décès de Jean-Paul Sartre

Jean-Paul Sartre est né le 21 juin 1905 à Paris. Fils unique d’une famille bourgeoise, il ne connaît pas son père, qui meurt un an après sa naissance. Il passe son enfance avec sa mère et ses grands-parents, les Schweitzer, et découvre la littérature dans l’imposante bibliothèque familiale. En 1917, sa mère se remarie et la famille déménage à La Rochelle. Malade, Sartre retourne à Paris en 1920 et y poursuit sa scolarité.
Il intègre le lycée Henri-IV à seize ans et retrouve celui qui deviendra son ami le plus proche, Paul Nizan. Tous deux préparent le concours d’entrée à l’École normale supérieure au lycée Louis-le-Grand et écrivent leurs premiers textes.
Ils entrent ensuite à l’ENS. Grand travailleur, il échoue pourtant au concours d’agrégation de philosophie en 1928. L’année suivante, il est reçu premier au concours ; Simone de Beauvoir, qu’il vient de rencontrer, se classe deuxième. Les concours ne sont pas mixtes à l’époque.
En 1931, il est nommé professeur au lycée du Havre. Il dirige ensuite l’Institut français à Berlin avant d’être muté au lycée Pasteur de Neuilly. Après plusieurs refus d’éditeurs, son roman philosophique
La Nausée est publié chez Gallimard en 1938.
Pacifiste, Sartre est mobilisé à Nancy au début de la Deuxième Guerre mondiale, en tant que soldat météorologiste. En 1940, il est fait prisonnier et transféré dans un camp en Allemagne. En mars 1941, il est libéré et retourne à Paris.
En 1943, il publie
L’Être et le Néant puis rencontre le succès l’année suivante avec sa pièce Huis clos. Il rejoint Camus dans le journal Combat et y décrit la libération de Paris. Il acquiert une renommée importante en tant qu’intellectuel engagé.
À la Libération, Sartre fonde à Paris la revue
Les Temps modernes où il développe sa pensée existentialiste. Elle devient l’une des revues françaises les plus connues, avec des plumes célèbres comme Simone de Beauvoir et Raymond Aron.
Sartre devient membre du Parti communiste de 1952 à 1956, ce qui entraîne sa rupture avec Camus. Figure de proue de la littérature française, il voit son influence décliner au cours des années 1960, tout comme sa santé. Il reste célèbre pour avoir refusé, en 1964, le Prix Nobel de littérature.

Opposé à la guerre d’Indochine et à l’Algérie française, Sartre n’hésite pas à prendre partie politiquement dans Les Temps modernes. Il soutient la révolution cubaine dès 1960 et encourage les événements de mai 1968.
En 1971, à l’âge de 66 ans, une première attaque laisse Sartre très affaibli. Il perd presque totalement la vue lors d’un second AVC. En 1973, il lance avec Serge July le quotidien
Libération.
À la fin de sa vie, Sartre se penche sur le conflit israélo-palestinien, souhaitant aider à créer une liaison entre les deux peuples. Il participe encore à des réunions politiques, comme en 1977 à Paris en compagnie de dissidents soviétiques.
Jean-Paul Sartre meurt le 15 avril 1980 d’un œdème pulmonaire. Sa mort entraîne des réactions considérables dans le monde. À Paris, cinquante mille personnes accompagnent son cortège lors de son enterrement au cimetière du Montparnasse.

(1938) Le Mur (1939) Les Mouches (1943) L'Être et le Néant (1943) Huis clos (1945) L'âge de raison (1945) L'existentialisme est un humanisme (1945) Morts sans sépulture (1946) La Putain respectueuse (1946) Réflexions sur la question juive (1947) Les Mains Sales (1948) Le Diable et le Bon Dieu (1951) Les Séquestrés d'Altona (1959) Critique de la raison dialectique (1960) Les Mots (1964)
La Nausée

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Éphéméride 14 avril 1930 décès de Vladimir Maïakovski

Vladimir Maïakovski est un écrivain russe né le 7 juillet 1893 à Bagdadi, en Géorgie.
À la mort de son père, sa famille, dans la misère, s'installe à Moscou.
Militant actif du parti bolchevik auquel il adhère à quinze ans, il fera quelques mois de prison. C’est au cours de cette période qu’il découvre la poésie. Il commence à écrire en prison, à Boutyrskaïa en 1909, il a seize ans.

À l'automne 1911, il entre à l'école de peinture, sculpture et architecture de Moscou, et commence son œuvre de dramaturge par une pièce de théâtre intitulé
Vladimir Maïakovski.
Les premiers vers de Maïakovski sont publiés dans les recueils futuristes en 1912.
Il utilise un vocabulaire provocant qui détourne les règles de classicisme.
Il publie ensuite plusieurs recueils :
- 1915:
Un nuage en pantalons.
- 1916:
la Flûte-colonne vertébrale.
- 1917:
la Guerre et l'univers.
- 1918:
l'Homme.
Il va révolutionner les codes mêmes de la poésie en écrivant
La flûte en colonne vertébrale (1915), authentique manifeste du futurisme russe. Ce livre de poésies est aussi inspiré par sa relation à Lili Brik, la sœur d’Elsa Triolet. Ils forment le triangle amoureux classique avec le mari Ossip Brik, écrivain russe qui lui fera connaître le monde avant-gardiste russe. Lili sera sa muse et son mari Ossip, son ami et éditeur.
Rejoint par Serge Tretiakov ils créeront ensemble le journal LEF (
Levyi Front Iskusstv –Front de Gauche des Arts, en français) qui inspirera toute une génération d’artistes d’avant-gardes : l’écrivain Nikolai Aseev, Le cinéaste Eisenstein, le metteur en scène Meyerhold…
Il sera aussi l’amant d’Elsa Kagan connue en France sous le nom d’Elsa Triolet.
Il réalise pendant une longue période des légendes d'affiches publicitaires, des caricatures satiriques.
Après avoir participé activement à la révolution d’Octobre en 1917, il se met au service de Lénine auquel il dédie l’un de ses plus beaux poèmes
Lénine. Il écrit sur la révolution, en particulier une pièce Mystère-Bouffe dans laquelle sa manière satirique et épique de parler la révolution commence à lui attirer des ennuis. C’est le début d’un conflit incessant avec les instances du parti, ce qui le mine et le déprime, alors qu’il parcourt le monde comme ambassadeur de la révolution russe à Londres et à Paris.

En 1923, Maïakovski fonde la LEF (« Front de gauche de l'art ») où il prône une position fonctionnaliste de l'art. Néanmoins au cœur même de la LEF, il rencontre de farouches opposants, qui finissent par le pousser à continuer son chemin autrement (Création du REF).

Il adhère à la RAPP, organisation littéraire révolutionnaire, où il ne sera jamais considéré suffisamment à son goût .
En 1924, c’est la rupture définitive avec Lilli. Il part aux États-Unis pour une série de conférence et rencontre à New York une jeune émigrée russe Elly Jones, dont il aura une fille, Patricia Jones Thompson.


Il poursuit une vie sentimentale compliquée, il s’y use… Sa dernière compagne Veronika Polonskaïa assistera à ses ultimes moments, impuissante à contrer les sentiments de Maïakovski qui va de désillusions en désillusions sentimentales, mais surtout politiques. Les bolcheviks ne lui font aucun cadeau. Il voit la révolution, sa révolution sombrer dans une dictature infaillible et inhumaine.
Le 14 avril 1930, à 10h15, à l’^age de trente-sept ans, il se tire une balle en plein cœur, lui qui appelait la jeunesse à vivre à la mort de Sergueï Essenine, le 28 décembre 1925, suicidé par désespoir et qui se pend dans la chambre n°5 de l’Hôtel d’Angleterre à Leningrad, après avoir laissé un dernier poème écrit avec son sang.
Ses funérailles furent nationales à la demande de Staline. Pas sûr que Maïakovski eut apprécié.


http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/maiakovski.html

Quelques œuvres de Maïakovski :



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