May 2010

Le dernier journal «à l'ancienne» : Le Démocrate

Le dernier journal français composé et imprimé au plomb sur des machines du début du siècle : Le Démocrate de l’Aisne


L’Aisne Nouvelle: Article: Le Démocrate: un journal de caractère

« Ils sont trois, trois caractères passionnés de lettres, de textes et de mots. Sur le terrain, Laure la journaliste, à la linotype Dominique Picard plus de trente-cinq ans de maison et son camarade Serge Dussart le typographe-imprimeur. À eux trois, ils font tourner la « boutique » du dernier journal français qui a du plomb dans les pages
: Le Démocrate de l’Aisne.

Véritable lien avec le territoire, cet hebdomadaire est tout un symbole de fabrication à l’ancienne. Créé en 1906, par Pascal Ceccaldi il est le dernier journal français composé et imprimé au plomb sur des machines du début du siècle. À l’époque, la composition se fait lettre par lettre avec des caractères mobiles.
Aujourd’hui, le travail continue sur des lignes entières de plomb et cela depuis 1936. Installée dans les anciennes écuries de la gendarmerie, l’imprimerie est le site touristique le plus visité de la ville. Plusieurs générations de lecteurs Eh oui, les visiteurs, Le Démocrate, il connaît. Tout au long de l’année, ils arrivent de partout afin d’observer la passion de tout un métier en disparition. Dans le cadre de l’opération Savoir-Faire en Thiérache l’atelier reçoit les anciens exploitants de l’Union Syndicaliste Agricole de l’Aisne du canton de Vervins. Lors des différentes interventions Laure précise que 90 % des lecteurs sont des abonnés sur plusieurs générations. Laure: « Certains de nos lecteurs ont quitté la ville pour se retrouver à l’autre bout du monde comme l’Australie ou le Chili. Leur seul lien avec le territoire c’est le Démocrate. » De jolis moments aux odeurs d’encre et couleurs de plomb. […] »
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Le lazaret d'Effry

Une page importante sur le « lazaret » d’Effry au cours de la Première Guerre mondiale, prototype de camp d’extermination, bien avant le nazisme. Le site qui publiait cette page, et vers lequel je renvoyais, a disparu, semble-t-il.
Je relaie donc provisoirement, en DR.


Le lazaret d’Effry

La Thiérache est la région nord-est de l’Aisne, qui correspond à peu près à l’arrondissement de Vervins. Lorsque l’on suit la nationale 2, qui traverse tout le département du sud au nord, on glisse insensiblement, après Laon, aux environs de Marle, de paysages plats et ouverts typiques du bassin parisien, vers un relief plus doux, vaguement ondulé, plus boisé et plus verdoyant. La pierre disparaît des constructions – les villages sont de briques rouges. L’élevage est plus présent, et on découvre ça et là de petits troupeaux de moutons. C’est le pays des églises fortifiées, qui attestent une histoire guerrière très ancienne, tout comme les noms des villages – Malassises, La Désolation, Malaise, la Tour du Diable… Pays redevenu rural, après, dans la seconde moitié du XIXe siècle, un essor économique, très typique de la région, où de petites industries familiales s’étaient implantées dans des bourgs agricoles. Ainsi, le long de l’Oise, fleurissent des usines, et des cités ouvrières. Ce développement est aujourd’hui bien loin – les industries ont fermé. Mais restent, à Vervins, à Hirson, de grandes demeures bourgeoises, de briques elles aussi.
L’Aisne, et spécifiquement la Thiérache, est une zone frontalière. Sur ses routes sont passées les armées, toujours. Sans remonter à Clovis et Soissons, l’Aisne se situe dans cette région stratégique des conflits – et principalement des guerres franco-allemandes. L’Aisne, c’est le Chemin des dames, qui barre sur les cartes le département en son milieu. C’est aujourd’hui un des départements les plus pourvus en cimetières militaires – de toutes nations. En 1914, le département est, comme ses voisins picards, le théâtre de l’avancée fulgurante des armées allemandes, et il est, aussi, le lieu où les armées alliées purent arrêter la progression des soldats impériaux. L’Aisne va vivre les années de guerre coupée en deux – elle s’articule autour de cette immense ligne de front du Chemin des Dames. Pendant cinq ans, le sud de l’Aisne est français, et le nord, la Thiérache, est allemand.

Effry est un tout petit village de Thiérache. Il compte aujourd’hui à peine plus de 400 habitants. L’Oise y coule tranquillement. Il ne reste plus rien aujourd’hui des bâtiments du
lazaret, l’hôpital militaire de la VIIe armée impériale allemande, où en 1917, en 9 mois, devaient périr 688 personnes, militaires et civiles, hommes et femmes, adultes et enfants, Français, Belges, Russes, Roumains, Italiens, Allemande.

L’année 1917
L’année 1917 est une année décisive dans le déroulement de la première guerre mondiale. Les USA rentrent en guerre, la Russie soviétique en sort. Sur le front ouest, les allemands commencent enfin à céder le pas. Noyon, Péronne et Roye sont reprises par l’armée française. Le 16 avril 1917, Nivelle lance une offensive générale. 1917, c’est l’année du Chemin des dames, c’est également l’année des mutineries, ces « grèves générales » des Poilus. C’est en 1917 que le « lazaret » du docteur Michelsohn est installé à Effry.

La Thiérache occupée
L’occupation de l’armée impériale dans le Nord de la France fut très dure, et le souvenir s’en perpétue encore, en 2008. La logique de la machine de guerre du Reich imposait que les territoires occupés fussent directement affectés, économiquement, à nourrir les troupes allemandes.
Des levées de populations civiles eurent lieu au coup par coup, pour les moissons ou les travaux de voirie. Les hommes seuls furent d’abord employés par l’armée. Puis, en 1917, la « levée générale » fut décrétée pour toutes les femmes de 15 à 45 ans. Les soldats du Reich vivaient « sur l’occupant », et cette occupation « privée » du territoire se fait bien sentir dans la pratique de vie « chez l’habitant ». Les officiers prussiens choisissent des demeures bourgeoises, s’installent chez les nantis de Thiérache. Ainsi les cahiers d’une habitante de Sains-Richaumont, Mme Déruelles, femme et fille de médecin, liée à la bourgeoisie éclairée de Thiérache, issue de la première révolution industrielle, attestent cette pratique. Cette femme raffinée, éprise d’art et aux convictions fortes, s’indigne du comportement des officiers vivant chez elle, qui « fument » dans son salon, qui urinent dans les gouttières. Elle mentionne également dans ses carnets des cas de citernes « souillées » par les soldats allemands. On croirait à des rumeurs – mais la notion même de « réquisition » telle que l’emploie l’armée impériale permet de discerner le « climat » de l’occupation en Thiérache. Aux réquisitions de biens s’ajoutent des réquisitions d’hommes. Les levées épisodiques s’institutionnalisent. On reste parfois plusieurs mois dans des commandos de travail. La conception que l’armée se fait de ces commandos est résumée par le terme Menschenmaterial, matériel humain (Pierre Hervet, Mission permanente aux commémorations, Secrétariat d’État aux Anciens Combattants & Victimes de Guerre). L’une des branches de cette « mise en caste » de la population est la prostitution. Très nettement, des rafles de jeunes filles viennent périodiquement alimenter des maisons closes destinées spécifiquement à satisfaire les appétits charnels des soldats d’occupation. Effry constituera le maillon terminal de cette affectation spécifique des populations civiles.

Les Z.A.B.

Les Z.A.B. (Bataillons de Travailleurs Civils, Zivilarbeitersbataillon) ont été la principale cause de l’existence du lazaret d’Effry. Initialement, Effry était un hôpital destiné à accueillir les malades des Z.A.B.
 Les Z.A.B. étaient des « bataillons de travail ». Dans la zone des conflits, l’armée impériale dut, dès 1914, effectuer des travaux d’aménagement, construire des routes, des chemins de fer. Ces tâches furent initialement confiées à des unités militaires spécialisées. Mais à mesure que le conflit s’enlisait, l’armée du Reich ne pouvait plus se permettre d’affecter des hommes à des unités de ce type – chaque homme valide devait être en ligne, au front. D’un autre côté, les mois passant, l’effectif des prisonniers de guerre augmentait. La solution était simple: on affecta les prisonniers de guerre dans des bataillons de travail. Une ordonnance du Grand Quartier Général Impérial du 3 octobre 1916 institua la pratique.  Le schéma fut en réalité plus complexe. La gestion de ces bataillons fut confiée aux armées, qui administraient en même temps civilement les zones occupées. Aussi affecta-t-on très vite des civils dans les Z.A.B. Les rafles épisodiques dans la population, afin par exemple de faire les moissons, devinrent plus régulières, et des commandos de « raflés » se stabilisèrent. Les réticences de la population expliquent également la généralisation des Z.A.B.  Un dernier facteur fut la relative centralisation des Z.A.B. Ainsi les Z.A.B. constitués dans telle zone occupée avaient vocation à recevoir des détenus ponctionnés sur d’autre zones géographiques, même lointaines. Ainsi une certaine dimension « internationale » des Z.A.B. devait peu à peu se mettre en place.

Les Z.A.B. furent destinés à certains « grands travaux » du Reich. Ainsi la ligne Hindenburg, ou les réseaux de chemin de fer construits à l’époque furent-ils l’œuvre des détenus des Z.A.B.
La population civile « voit » le sort des prisonniers des Z.A.B. Et cette vision, fugitive, est traumatique. Ainsi une Mme Hubinet raconte dans ses mémoires publiées le sort des prisonniers du lazaret de Trélon.
« Deux soldats italiens descendent du siège de la voiture, puis nous les voyons sortir un à un les cadavres enveloppés dans du papier. Afin que celui-ci ne se déchire pas, les soldats les portent à deux; arrivés à la fosse, un homme à lui seul prend le léger fardeau, il range côte à côte les pauvres morts. N’était-ce la longueur des corps, on pourrait croire qu’on enterre des adolescents, aux formes menues. Des papiers sont déchirés, nous voyons surgir de longues barbes, des thorax décharnés, des ventres verdâtres. Pas de prêtre, pas de bénédiction suprême! Nous pensons aux mères, aux épouses, qui ignorent encore. » (L’enclume et le Marteau, 1932). Or il n’est pas anodin de savoir que l’administrateur de ce camp fut, après 1917, le docteur Michelsohn qui dirigea le lazaret d’Effry en 1917.
Les prisonniers des Z.A.B. portaient un brassard rouge, frappé d’un matricule de compagnie. Celles-ci comprennent 250 personnes. Ces hommes avaient entre 14 et 60 ans – preuve qu’à un certain moment, le recrutement ne fut plus strictement militaire. Le système peut évoquer le S.T.O. de la seconde guerre mondiale – mais la comparaison doit sans doute être faite dans l’autre sens.
 La dimension militaire et la dimension économique se doublent d’une dimension répressive. Les prisonniers des Z.A.B. sont des punis. Ils subissent de nombreux supplices: ainsi le supplice du poteau, le supplice du cercueil – le plus raffiné étant le plus simple, puisque les garde-à-vous journaliers, durant plusieurs heures dans le froid, se doublent de coups de bâtons répétés.  Les prisonniers des Z.A.B. ont interdiction d’adresser ou de recevoir du courrier.  Les Z.A.B. ont vocation à alimenter des bagnes. Ainsi les mines de Fer à Longwy, le bagne atroce de Sedan, les usines de pâtes de Bazeilles, ou les crassiers de la Chiers à Mont Saint Martin, font partie d’une vaste toile d’araignée de type économique et répressif. Le soldat vaincu n’est pas un adversaire avec des droits – sa défaite même en fait un sous-homme corvéable à merci. Le terme même d’Untermenschen, de sous-hommes, est employé pour désigner les prisonniers des Z.A.B. originaires du front de l’est.  À l’armistice, on découvrira des rescapés des Z.A.B. pesant entre 30 et 35 kg.

L’arrivée au lazaret
Les conditions de vie inhumaine des prisonniers des Z.A.B. entraînaient une forte propension des punis à attraper des maladies. Peu nourris, exténués, vivant dans le froid, travaillant sans relâche, les détenus étaient extrêmement vulnérables. Les « lazarets », les hôpitaux militaires allemands réservés aux soldats ennemis fleurirent le long de la ligne de front, déplacés au gré des éventuelles fluctuations des positions militaires.
Les malades des Z.A.B. de l’Aisne, et probablement d’ailleurs, étaient donc envoyés aux médecins militaires, et aux camps de malades – ainsi, au début du conflit, un lazaret fut semble-t-il installé dans l’Aisne à Chauny, puis déplacé à Effry. Mais le lazaret d’Effry accueillit sans conteste des détenus issus également de la population civile des environs. Les travaux effectués par les historiens locaux indiquent que trois parcours peuvent être discernés parmi les morts civils issus du lazaret. 1. Tout d’abord, des malades envoyés par les Kommandantur des environs. Les Kommandantur étaient des sortes de gendarmeries de territoires occupés. Les civils arrêtés par les policiers allemands, s’ils sont « malades », sont envoyés à Effry. Ainsi les études montrent que le lazaret d’Effry avait une « zone administrative » propre, comprenant les kommandantur de La Capelle, Chauny, Hirson, la Neuville, Liesse, Origny, Sains-Richaumont, Tavaux, Rozoy, Aubenton, Parfondru, Missi les Pierrepont, Vervins, Marle et Sissonne – dans l’Aisne; et de Sains du Nord. 2. Une autre exception à la règle de la provenance des Z.A.B. est attestée, puisque des femmes sont présentes dans le camp. Elles peuvent d’abord avoir été ponctionnées sur les civils affectés à des tâches d’« intérêt général », lors des rafles de civils pour faire les moissons, ou travailler à la voirie. Mais l’analyse conduit à affiner cette explication: les femmes d’Effry sont jeunes, voire très jeunes. Des rafles d’adolescentes eurent lieu, notamment à Vervins. Ces adolescentes ont entre 17 et 24 ans – elles sont destinées à devenir les esclaves sexuelles des officiers en charge du lazaret. 3. Le lazaret n’est pas simplement un maillon de la structure militaro-économique des Z.A.B. – puisque 9 enfants figurent parmi les morts d’Effry.
Les conditions de vie au camp
Le lazaret d’Effry est un hôpital. Il est installé dans les locaux déserts de l’ancienne usine Briffault, près de l’Oise. Il est constitué d’un immense hangar de 900 m². De 1400 à 1600 personnes sont entassées là. Il n’y a que deux poêles.
Les pansements sont changés toutes les semaines. Parfois toutes les deux semaines. Les détenus français ou belges sont demi-vêtus. Les roumains, les russes, sont nus. L’hiver 1917 fut extrêmement rigoureux. Michelsohn ne soigne pas. Mais il recrute. Parmi les civils de Thiérache, des infirmières, des bonnes sœurs, sont raflées – pour venir grossir le nombre des « infirmières ». Et les infirmières ont le même destin que toutes les femmes du camp. Une bretonne, Sœur Eugénie fut ainsi envoyée à Effry – pour soigner les malades. Elle mourra avec eux. Elle est enterrée à Effry. Un docteur de Chauny, Jules Pichard, sera recruté par Michelsohn. Pichard ne doit soigner que les civils. Michelsohn se réserve les militaires. Après 1918, Pichard ne cessera de témoigner, de réclamer des enquêtes, de chercher à obtenir le jugement de Michelsohn.
Dans le hangar, il n’y a pas d’aération. La proximité de l’Oise rend l’atmosphère humide, malsaine. Il pleut, il neige. Les fenêtres du hangar sont obstruées. Les malades dorment sur des plans en bois. Il n’y a pas de couvertures – parfois, une couverture pour plusieurs malades. Qui doivent se la disputer. De la paille est éventuellement jetée sur les planches, et plus rarement sans doute encore est-elle changée. La plupart du temps, on dort sur le bois.
On vit dans l’obscurité. Il n’y a pas d’électricité. Pas de feu, pas de chandelle. La nourriture est rare. On se contente de « choux-navets », de « soupe à l’orge ». De la nourriture habituellement réservée au bétail. Certains jours, on ne mange pas. Les maigres provisions attribuées par l’armée au lazaret sont détournées par les officiers. Les prisonniers sont couverts de vermine.
La conséquence est naturelle – les épidémies se propagent. La diphtérie, la dysenterie sont les principales maladies repérées par Pichard. En avril 1917, un réduit spécifique est aménagé, destiné à accueillir, au départ, les bronchitiques. Le nom que lui donne le docteur Michelsohn est plus parlant
: c’est l’« étable aux cochons ». Cet hôpital dans l’hôpital n’est pas chauffé. Il est installé dans l’ancienne fonderie de l’usine, il est plein de poussière de charbon.
On estime à 688 les morts du lazaret, tous survenus en 1917. La moyenne est de 6 décès par jour, on évalue un maximum de 21 décès par jour.


Oscar Michelsohn
Le lazaret d’Effry fut à la fois le produit d’un système politique et militaire, et à la fois l’œuvre originale d’un homme, le docteur Michelsohn. La figure du chef du lazaret est difficile à cerner. Michelsohn est probablement originaire de Charlottenburg (Brandebourg sur la Sprée).
Citons d’abord, à nouveau, les mots de Mme Hubinet. Dans L’enclume et le marteau, elle écrit: « Ceux qui l’ont vu, au café […] racontent que cet homme a une figure de tortionnaire; il respire une telle cruauté qu’il en est effrayant, un lourd malaise naît de son voisinage, ce n’est pas un être humain, c’est un monstre ». En 2007, les historiens locaux, lorsqu’ils évoquent le personnage, ont la voix qui tremble du même malaise.
Le médecin major Michelsohn a probablement suivi l’itinéraire un peu aléatoire du lazaret local – d’abord basé à Chauny, puis à Effry, puis à Trélon. Il a recruté son personnel
: son bras droit, le sous-officier Martin, qui détourna 600 kg de denrées de première nécessité en 9 mois. Puis ses infirmières: des nonnes raflées dans les environs. Et aussi un vrai médecin – le docteur Pichard. Michelsohn également est médecin. Aussi s’autorise-t-il parfois à pratiquer une amputation – toujours sur un membre sain. Il détourne la nourriture délivrée par l’armée et destinée aux « malades ». Ainsi expédie-t-il, en 8 mois, 875 boîtes de lait condensé, et 50 kg de cacao à sa femme restée en Allemagne – laquelle revend les denrées. Le sadisme du personnage est patent: ainsi les prisonniers demi-nus meurent de froid, et les magasins du lazaret regorgent de couvertures. « Un jour que plusieurs malades venaient de mourir de froid, le magasin s’ouvrit enfin. Les chaudes couvertures apparurent en tas. Michelsohn en fit étendre plusieurs sur la boue, y fit coucher ses chiens. » (« Sous le brassard rouge », M. Godinot-Puvion, 1954) Michelsohn aime les animaux. Il élève 25 poules, et 7 vaches – il dispose d’œufs et de beurre. Il a un cheval. Il se constitue aussi une meute de chiens, 12 molosses qu’il nourrit avec la viande des rations des prisonniers. Ainsi a-t-il besoin de 10 à 12 kg de viande par jour.
Après la guerre, les villageois, groupés derrière Pichard, chercheront à obtenir une condamnation judiciaire de Michelsohn. Pichard vouera sa vie à obtenir ce jugement. Michelsohn sera jugé par la Cour des Juges-Complices de Leipzig en 1922. Il sera acquitté.

Établir clairement le nombre des victimes du lazaret est chose difficile. On évalue à 688 morts en 8 mois le bilan de Michelsohn. Après guerre, les habitants d’Effry saisiront le Président de la république française, et évoqueront 689 décès. Depuis, les historiens locaux ont été amenés à réévaluer ce chiffre – qui reste incertain, et est parfois arrondi à 700.
Une première difficulté tient au sort réservé aux cadavres. Généralement, les corps sont entassés. Des fosses sont éventuellement creusées. La mémoire collective d’Effry parle de « cloaques », de tas de cadavres d’où parfois émergeait un bras, une jambe encore vivant. Parfois, un mort est enterré individuellement. Le fait que les malades civils et militaires relèvent respectivement du médecin Pichard et du major Michelsohn rend plus complexe la tâche d’évaluation. Il est essentiel cependant que l’état-civil de la mairie d’Effry ait été informé des décès, et ait pu enregistrer les noms des victimes. Ainsi à la date du 6 mars 1917, l’officier d’État civil enregistre-t-il la première mort pour nous certaine d’un prisonnier du lazaret, puisque la nationalité du décédé est consignée: il s’agit d’un russe de 25 ans. De même, on peut considérer que le dernier décès dû à Michelsohn date du 4 novembre 1917, puisqu’il s’agit d’une allemande, une infirmière de la Croix-Rouge de 42 ans. Le sort des malades fut celui des soignants. Entre ces deux décès, les choses sont confuses. L’historien J.-C. Auriol fait état de 347 victimes « prisonniers civils ». Mais les corps se mêlent dans les fosses communes. D’après les travaux de M. Malatray sur l’état-civil, on peut néanmoins considérer que 12 décès enregistrés sont des civils d’Effry, et 688 sont des travailleurs des Z.A.B. Mais les 2 statuts se confondent – entre le roumain des Z.A.B. et le thiérachien prélevé dans une kommandantur, les différences s’estompent, tous les cas de figure sont possibles. Le cimetière d’Effry contient 339 tombes dont les morts viennent du lazaret. Parmi ces tombes, 339 portent un nom, et 15 sont anonymes. Parmi ces noms, 203 sont belges, 146 sont français, et 1 est italien. Les forçats des Z.A.B. issus du front est ont leur nom sur l’ossuaire de la commune – 22 sont roumains, et 314 sont russes.

Très significatif est le cas des enfants morts au lazaret. Ils sont 7. Peut-être 6, peut-être 8. Car le petit Fernand, de 7 ans, est en fait une petite fille, Aline. De même Marc, 4 ans, est enterré comme soldat, et a pu être décompté parmi les victimes militaires. Citons encore
: Louise, 4 ans; Madeleine, 4 ans; Georges, 11 ans; Louise, 12 ans; Joseph, 11 ans. Le Comité de la mémoire d’Effry, aujourd’hui, en 2008, travaille à conserver ces noms.

Après la guerre

De 1917 à 1927, les morts d’Effry restèrent ensevelis dans le silence, encore qu’un article du
Démocrate de 1923 rappelle les événements de 1917. Les fosses communes des victimes ne furent ouvertes qu’en 1927. À cette date, on creuse des tombes, on construit l’ossuaire de la commune. Le ministère des Pensions, l’ancêtre de l’actuel ministère des Anciens combattants, s’engage dans une démarche de mémoire, avec l’aide de l’État civil de la 2e région militaire. Le curé de Luzoir, l’abbé Pestel s’appliquera à témoigner, et à rechercher les témoignages des habitants. Mais c’est surtout le docteur Pichard qui sera l’infatigable gardien de la mémoire d’Effry – et cette mémoire est un combat: obtenir la condamnation de Michelsohn. Pichard est appuyé par toute la population du village. La condamnation ne sera jamais prononcée.
Ainsi, le 10 janvier 1919, la population d’Effry saisit la commission d’enquête sur les crimes perpétrés par l’ennemi dans les zones occupées, et présidée par le Premier président de la Cour des comptes.
 Le texte en est significatif.
Monsieur le Président,
Les habitants d’Effry soussignés se font un devoir de vous adresser la protestation suivante concernant le Dr allemand Oscar Michelsohn, médecin en chef du lazaret civil d’Effry, afin qu’une sanction soit prise contre celui-ci pour les faits suivants:  Du 5 mars au 31 octobre 1917, donc en moins de huit mois, nous avons enregistré 689 décès de prisonniers de guerre, russes, roumains et français, et des prisonniers civils belges et français. Ces malheureuses victimes n’étaient l’objet d’aucun soin, ne recevaient comme nourriture que des choux-navets et de la soupe à l’orge, étaient pleines de vermine et, de plus, brutalisées.  Ils étaient couchés très souvent sur des planches (car les fibres de bois manquaient, ou bien on refusait d’en livrer), et cela pendant très longtemps, dans une salle commune où se trouvaient des malades atteints de diphtérie, de dysenterie, de fièvre typhoïde…  Ils étaient enterrés sans cercueil, sans vêtements, dans des fosses communes et dépouillés de tout objet leur appartenant. Certains, à ce qu’il paraît, possédaient une petite fortune.  Le docteur Michelsohn gardait pour son usage personnel les aliments spéciaux fournis pour les malades de la Commission de ravitaillement: les boîtes de lait concentré, les biscuits, le cacao, etc... D’ailleurs, M. le Dr Pichard, de Chauny, est assez documenté sur les misères qu’il a vues dans cet établissement et fera certainement un rapport détaillé à ce sujet. M. le Dr Pichard était attaché à ce lazaret, mais il ne disposait d’aucun médicament, et, de plus, l’accès d’un grand nombre de salles lui était interdit. Il y avait 1500 malades et même plus dans cet établissement, mais Michelsohn a voulu toujours rester seul docteur afin d’être libre de faire ce qu’il voulait.  Nous demandons donc qu’un châtiment exemplaire soit infligé à ce docteur qui était méprisé par ses compatriotes eux-mêmes. C’est le vœu unanime de la population, ainsi que des malades qui ont passé par cet établissement – appelé par la voix populaire dans tout le pays du nom significatif de « l’abattoir » — et qui ont pu en sortir vivants.  Veuillez agréer, Monsieur le Président, nos très respectueuses salutations.  Effry le 10 janvier 1919 »
Le courrier est signé de 53 habitants.
Une des causes du relatif oubli des événements d’Effry tient à la destinée des locaux mêmes du lazaret. En 1918, le lazaret est reconverti en dépôt de munitions. Une explosion en 1919 détruit totalement les infrastructures. L’année suivante, les ateliers Briffault reconstruisent des bâtiments, qui serviront, à partir de 1970 aux Ateliers de Thiérache, puis, en 1986, à la société Technitol.

En 1932, Mme Hubinet, sous le pseudonyme « Buthine », évoque le système dans son livre
« L’enclume et le marteau ». En 1954, M. Godinot-Pluvion, de l’Union nationale des prisonniers civils déportés, internés, et otages des deux guerres, publie « Sous le brassard rouge », où, traitant du régime des Z.A.B., il consacre un chapitre à Effry et à Michelsohn. Ici, ou là, des traces, des témoignages. Ainsi des carnets de Mme Déruelle. Ainsi de la parole vive de Mme Lemetter, recueillie par M. Delabre, alors maire d’Effry, actuel président du comité de l’ossuaire. En vieillissant, les témoins se souviennent. Ils racontent. La population d’Effry, de la Thiérache conserve ses témoignages. Bien souvent, un citoyen, isolé, par les carnets d’un grand-père, par quelques cartes postales, par ses propres souvenirs, reste le garant d’une pièce du puzzle. Les citoyens travaillent – ils épluchent les registres, l’État civil, les carnets, les journaux intimes. En 1990, Pierre Delabre, maire d’Effry, et Jean-Jacques Thomas, conseiller général du canton d’Hirson, se mobilisent pour sauvegarder la mémoire d’Effry – et pour l’ancrer dans l’histoire. En 1993, le Ministère des Anciens combattants et victimes de guerre finance la réhabilitation de la nécropole. Le 25 août 1993 le Comité de l’ossuaire est créé. En 1994, sous le haut patronage de François Mitterrand, président de la République, en présence de Jean-Pierre Balligand, député de Thiérache, de Jean-Jacques Thomas, et de Pierre Delabre, est inauguré l’ossuaire rénové. La date d’inauguration du 14 mai est aujourd’hui devenue le jour officiel de commémoration du calvaire des prisonniers d’Effry. Aujourd’hui, la nécropole d’Effry, d’une superficie de 1090 m², recueille les corps de 305 russes, 215 belges, 137 français, dont 14 femmes, 23 roumains, et 1 italien.

Au-delà de la mémoire
Lors que j’ai été contacté par M. Delabre, maire honoraire d’Effry, en tant que directeur départemental des Anciens combattants, je suis allé à Effry. Je n’y ai rien vu. Il n’y reste rien. M. Delabre cherchait, depuis plusieurs années, à obtenir une subvention pour le monument commémoratif d’Effry. Je visitai ce jour-là Effry, si vert, si calme. Et puis je rentrai chez moi – et j’oubliai.
La commémoration annuelle vint. Et puis je dus me souvenir – pourquoi moi aussi avais-je enterré Effry dans ma mémoire? Alors je retournai voir M. Delabre – qui hocha doucement la tête: Personne ne veut entendre parler d’Effry. Le département de l’Aisne est un de celui qui, en France, présente le plus grand nombre de cimetières militaires. Villages martyrs, Chemin des dames, maquis… À quoi bon faire savoir ceci? À quoi bon une nouvelle horreur à commémorer? Une nouvelle douleur? Je décidai de rédiger cette plaquette – mais non ce paragraphe « Au-delà de la mémoire ». Je cherchai à inviter diverses autorités à la cérémonie d’Effry. « Pensez-vous bien que les événements troubles de ce lazaret, à l’heure de la réconciliation franco-allemande, doivent nécessairement être mis en lumière? » Effry n’a peut-être pas enterré suffisamment de morts militaires et civils pour mériter l’attention. À partir de combien de mort « doit » on savoir? Je me souviens la colère de Pierre Delabre – à qui l’on reprochait une mégalomanie déplacée, que l’on soupçonnait de vouloir tirer de telles manifestations une gloire personnelle. Que s’est-il passé à Effry? Effry nous gêne – parce qu’Effry étend le concept de barbarie. Nous avons pris pour habitude de considérer que la monstruosité du XXe siècle a été le fait de certains régimes, identifiés, répertoriés. Nous croyons nous souvenir – mais nous refusons de faire de ces charniers, de ces crématoires, de ces machettes, des faits historiques. Effry appartient à la mémoire des habitants d’Effry – non à l’histoire. Sans cesse est invoqué le « devoir de mémoire » — notion molle et confortable, consensuelle: tel se souviendra, mais tel autre oubliera, tout est affaire de décors… Or Effry signifie le contraire: la barbarie européenne ne commence pas en 1933 pour expirer en 1945. Soyons très nets: l’armée allemande en 1917 est déjà attachée à nier l’humain. Effry reçoit des malades – mais à Effry, on ne soigne pas. On ne nourrit pas. Au contraire, on établit délibérément un dispositif visant à étendre les épidémies. On pratique des amputations sur des membres sains. On viole. On tue. Plus encore: ces pratiques sont rationnalisées, conceptualisées. La barbarie du XXe siècle n’est pas de l’ordre d’une folie meurtrière et passagère. Michelsohn n’est pas un barbare, un amok. Il y a une ostentation délibérée de la puissance aveugle – Michelsohn faisant coucher son chien sur les couvertures des prisonniers bleus de froid… On voit bien – si l’on veut seulement regarder – qu’Effry est un camp d’extermination. Nulle part dans le texte « officiel » je n’ai employé le terme. Sans quoi le texte n’aurait pu paraître. Le IIIe Reich n’a pas inventé l’extermination. Le IIIe Reich a, au contraire, constitué une modalité de l’idéologie antihumaniste qui déjà s’exprimait à Effry. La source de cette idéologie est connue. Elle porte un nom – le Sonderweg, l’autre voie. Elle est une œuvre commune, globale, de certains intellectuels et hommes politiques allemands. Après la débâcle napoléonienne, après le reflux des armées française, après l’immense déception parmi les démocrates européens, la caste nobiliaire allemande va se constituer en mouvement réactionnaire, articulant théorie et activisme. Le point essentiel est que la philosophie des Lumières est une œuvre française, latine – incompatible avec l’esprit spécifique des germains. La démocratie, les droits de l’homme sont étrangers à la nature allemande. Ces positions du Sonderweg restent marginales – mais trouvent écho chez les aristocrates prussiens, les junkers, ou chez certains nationalistes bavarois… L’armée allemande, et non la nation allemande, devient le terreau de cette idéologie. Il n’est pas ici question de discuter ce point de l’histoire des idées. Lentement, l’armée allemande secrète une théorie de la guerre, ainsi chez Clauzewitz apparaît la formalisation d’un projet militaire – qui est à la fois lié à l’écrasement de l’ennemi (et non à la recherche d’une « défaite militaire »), à la notion de guerre totale devant également investir la sphère civile, et à l’idée que « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Il n’y a donc pas de soumission du militaire au politique. Il n’y a donc pas de droits civils à opposer aux impératifs militaires – d’extermination de l’adversaire. La conséquence ultime du Sonderweg, c’est que tout est militaire. Tout est ennemi. La guerre est le fondement de la nation. La mort est un maître venu d’Allemagne… (Celan). Effry gêne – car Effry exprime la quintessence de la machine de guerre. La machine de guerre est machine de mort – et rien d’autre. Effry gêne – car Effry porte en germe l’idée que l’extermination massive pratiquée ici et là tout au long du XXe siècle n’est pas le fait de telle idéologie – puisqu’aussi bien nationalisme, stalinisme, nazisme, marxisme polpotien, ethnicisme, que sais-je? l’ont pratiqué. Aucune idéologie ne semble à l’abri de voir germer en elle un désir de mort absolue. Y a-t-il un point commun à ces barbaries? La réponse est à Effry: l’existence même d’un corps militaire autonome, non soumis au pouvoir civil, a permis un tel crépuscule de l’humain.

Glossaire Diphtérie — Maladie microbienne grave, et très contagieuse, occasionnant une angine du larynx, et provoquant asphyxie, paralysies, pouvant entraîner la mort. Dysenterie- Maladie microbienne également grave, due aux mauvaises conditions d’hygiène, se traduisant par des diarrhées sanglantes et des douleurs violentes dans l’appareil digestif. Fièvre typhoïde – Maladie microbienne très contagieuse, pareillement due au manque d’hygiène, caractérisée par une forte fièvre, des douleurs abdominales et des diarrhées. Les atteintes du cerveau et du cœur peuvent entraîner la mort. Kommandantur Commandement local de la police militaire dans les zones occupées par l’Allemagne, durant la 1re et la 2nde guerre mondiale. Lazaret Hôpital, notamment militaire. Ainsi dans le Robert: « Lazaret, 1567, de l’italien lazzaretto, altération de Nazaretto, nom donné à l’hôpital Santa Maria di Nazaret, lieu de quarantaine, sous l’influence de lazzaro, « ladre, lépreux ». Établissement où s’effectue le contrôle sanitaire, l’isolement des malades contagieux, dans un port, une station frontière, un aérodrome ». Mutineries. Soulèvements des soldats en 1917, au départ pour des causes non politiques – les mutins contestaient les cadences de montée au front. Les mutineries seront réprimées par l’État major français.  S. T. O. Service du Travail Obligatoire. Réquisitions forcées de travailleurs dans l’Europe occupée, durant la 2e guerre mondiale, par les nazis et leurs alliés. Les jeunes gens étaient envoyés dans des usines en Allemagne pour participer à l’effort de guerre. Z. A. B. Bataillons de travailleurs civils (All. Zivilarbeitersbataillon).

Remerciements  M. Auriol, historien  Mlle Cernogora, lectrice et conseillère et le reste Mlle Day, historienne à Hirson, directrice du Musée d’Hirson  M. Delabre, maire honoraire d’Effry  M. Malatray, habitant d’Effry, travaillant sur l’Etat-civil de 1917  M. Molinaro, maire actuel d’Effry.  Mme Mulet-Lesage, habitant Sains-Richaumont, travaillant sur les carnets de Mme Déruelle  M. Raguet, documentaliste et collectionneur.  Dr. Roumeguère, pour les précisions épidémiologiques.  La DMPA.  L’Ambassade de la R.F.A. à Paris.  Et tous les habitants d’Effry.
Sources  M. Godinet-Puvion, « Sous le brassard rouge »  P. Hervet, « Les nécropoles françaises de la captivité » Mme Hubinet, « L’enclume et le marteau » — publié en 1932, sous le pseudonyme « Buthine », par Paul Dupont, Paris.

Copyright… Service départemental des Anciens Combattants de l’Aisne.

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Molière : édition numérique et Pléiade

Molière: la première édition critique de l’ère numérique

Alliant le papier bible et les liens hypertexte, l’édition des Œuvres complètes de Molière proposée par Georges Forestier et Claude Bourqui dans La Pléiade est la première grande entreprise éditoriale de l’ère numérique.
Les maîtres d’œuvre de ces deux tomes entièrement rénovés mettent en ligne les notes et documents qu’ils n’ont pu reproduire dans l’appareil critique de la version papier.
Le site du projet
Molière 21, hébergé par le centre d’édition électronique « Corpus électroniques de la première modernité » de l’université Paris-Sorbonne (http://www.moliere.paris-sorbonne.fr/, ouverture le 17 mai, le jour de la sortie du volume papier), accompagne la parution de La Pléiade, en fournissant des éléments complémentaires hors de portée d’une édition papier: un outil permettant de comparer mot à mot les versions de plusieurs pièces essentielles, notamment du Dom Juan, et de comprendre dans toute sa complexité le travail de genèse de l’œuvre, une gigantesque chronologie de l’âge classique, et surtout une immense base de données de textes de référence sur l’ensemble des pièces éditées dans La Pléiade.

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Défense des Mille et Une Nuits

Des écrivains égyptiens se battent pour la réédition des Mille et une nuits



(Photo: Illustration pour les « Mille et une nuits » ©DR)

Des avocats avaient engagé une procédure demandant l’interdiction de l’ouvrage considéré par les milieux islamistes comme obscène.
Le Syndicat des écrivains égyptiens va porter plainte pour
« destruction de patrimoine », contre un groupe d’avocats, influencé par les milieux islamistes, qui demandent l’interdiction de la réédition du conte des Mille et une nuits, annonce l’Agence de presse internationale catholique. Ce texte appartenant à l’histoire de la littérature arabe aurait, selon le groupe d’avocats demandant l’interdiction de la publication, un caractère trop marqué par la sexualité. Le texte ferait trop de références au sexe qui « encouragent au vice et au péché ». Les avocats demandent la confiscation de l’ouvrage et la poursuite de ses éditeurs. Selon eux, l’ouvrage viole un article du Code pénal égyptien punissant de deux ans de prison les « offenses à la décence publique ». Chaque édition est soumise à discussion et une version des Mille et une nuits avait déjà été interdite en Égypte en 1980.
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Michel Winock Mme de Staël

Michel Winock s’est inspiré de travaux érudits pour composer ce magnifique portrait de Germaine de Staël. Personnage historique, écrivain, intellectuelle, voyageuse et amoureuse. Il lui restitue tout son charme, son énergie intense et son étonnante modernité.
Sa vie ressemble à un roman d’aventures écrit par un scénariste. Germaine de Staël a connu les ors de Versailles quand son père, Necker, était principal ministre de Louis XVI; à Paris comme à Coppet, elle a régné sur ce que les Lumières ont produit de plus talentueux; son roman Corinne a été un immense succès et ses livres politiques, lus de Weimar à Pétersbourg, ont exaspéré les adversaires de la liberté, mais elle a eu à ses pieds les meilleurs esprits. Mme de Staël a aussi passé la moitié de sa vie en exil ou sur les routes, en quête d’une sérénité inaccessible et d’un amour inatteignable. Cette fille à papa est rentrée dans l’ombre des géants du temps — Napoléon, Constant ou Chateaubriand — et ses idées « libérales » autant que sa sensibilité débordante apparaissent hors de saison. Et pourtant… Parti sur les traces de cette inconnue célèbre, c’est à une découverte que nous convie Michel Winock. Mme de Staël, de tempérament mélancolique, ne se résigne pas au malheur. Elle ne renonce à rien, se moque du qu’en-dira-t-on, ouvre sa porte aux amis, même menacés, comme aux contradicteurs. Elle a pour boussole la liberté et, pour source d’énergie, l’enthousiasme. « Avec elle, écrit Chateaubriand, s’abattit une partie considérable du temps où j’ai vécu: telles de ces brèches, qu’une intelligence supérieure en tombant forme dans un siècle, ne se refermant jamais. »
Fayard, 577 p.
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