Guillaume Apollinaire,
La Chanson du Mal-Aimé
Cinq explications des « Sept épées » :
érotique - psychanalytique - amoureuse - religieuse - alchimique


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La Chanson du Mal-Aimé
a été publiée la première fois dans le Mercure de France n° 285 daté du 1er mai 1909.

La Chanson du mal-aimé, écrit Apollinaire à Madeleine le 30 juillet 1915,

... datant de 1903 commémore mon premier amour à vingt ans, une Anglaise rencontrée en Allemagne, ça dura un an, nous dûmes retourner chacun chez nous, puis nous ne nous écrivîmes plus. Et bien des expressions de ce poème sont trop sévères et injurieuses pour une fille qui ne comprenait rien à moi et qui m’aima puis fut déconcertée d’aimer un poète être fantasque ; je l’aimai charnellement mais nos esprits étaient loin l'un de l’autre. Elle était fine et gaie cependant. J’en fus jaloux sans raison et par l’absence vivement ressentie, ma poésie qui peint bien cependant mon état d’âme d’alors, poète inconnu au milieu d’autres poètes inconnus, elle loin et ne pouvant venir à Paris. Je fus la voir deux fois à Londres, mais le mariage était impossible, et tout s’arrangea par son départ à l’Amérique, mais j’en souffris beaucoup, témoin ce poème où je me croyais mal aimé tandis que c’était moi qui aimais mal et aussi L’Emigrant de l.andor Road qui commémore le même amour (...)

Rentré d’Allemagne en août 1902 sous l’emprise d’un échec sentimental complet, Apollinaire a peu à peu recréé son amour. Il s’est persuadé qu’Annie l’attendait comme lui-même attendait de pouvoir la rejoindre et son espoir s’est cristallisé dans cette illusion. Aussi saisit-il l’occasion que lui procure un ami d’aller à Londres où il publie une revue. Il croit être accueilli avec une passion répondant à la sienne, mais la jeune fille refuse d’abord de le recevoir, ne cède ensuite qu’avec difficulté. La violence du début du poème contre le faux amour confondu, l’amer rappel de la fidélité de Pénélope ou de Sakontale, expriment la déception et la colère de Guillaume face à ce qu’il tient pour une trahison.

Il revient à Paris plus révolté que désespéré et sans doute écrit alors une grande partie de la Chanson. Cependant, son voyage lui a au moins permis de revoir avec Annie, et de se trouver une alliée auprès d’elle en la personne de sa jeune sœur Jenny. Il semble qu’Annie se laisse convaincre peu à peu par Guillaume et quand il retourne à Londres en mai, c’est davantage certain d’être attendu : il a reçu d’elle dans les semaines précédentes une carte qu’il peut considérer à la fois comme une invitation et une promesse.

Il existe un billet qu’elle lui a envoyé, probablement au début de ce second séjour : son ton de familiarité tendre laisse penser que plus rien ne les sépare. On ignore dans quelles circonstances se produisit la rupture, en quelques jours. Annie a raconté qu’excédée par les avances de Guillaume et son excessive insistance qui importunait toute la famille, elle avait inventé pour se débarrasser de lui un départ prochain pour l’Amérique ; puis, désireuse de justifier ce prétexte, s’était adressée à un bureau de placement qui lui avait immédiatement fourni un emploi aux États-Unis. Mais elle a aussi rapporté qu’elle l’avait accompagné à la gare le jour de son départ et qu’elle avait été frappée par la tristesse de son regard. On peut se demander si le souvenir d’Annie est bien net, car c’est plus de cinquante ans après ces événements que Robert Goffin et L.-C. Breunig lui ont demandé de les rappeler. Elle écrivit encore au moins une fois à Apollinaire revenu à Paris et, si bref qu’il soit, le texte de sa carte datée du 26 mai n’est pas celui qu’on imaginerait après une rupture :



Merci pour carte chère
Je pense à toi
N’oublier pas ton photographie pour moi.
Mille baiser. Penser à moi
Annie
Bonjour à ton mère



En l’absence d’autre document connu, tout ce qu’on pourrait ajouter n’est qu’hypothèse.

Si l’on pense qu’à la fin de mai 1904 Apollinaire a quitté Annie qu’il sentait perdue à jamais parce qu’elle devait partir pour l’Amérique — peut-être sous la pression de sa famille qui ne voulait pas du mariage — mais qui ne s’était pas montrée entièrement indifférente à son amour, certaines particularités de la Chanson s’éclairent.

Apollinaire l’a toujours datée de 1903 parce qu’elle a vraisemblablement été composée, dans son mouvement initial, après son premier voyage à Londres : elle est tout animée par sa révolte contre ce qu’il considère comme une trahison. II est probable qu’elle se présente dès ce moment comme un tout achevé. Lorsqu’il la reprend en juin, Apollinaire la complète par quelques additions d’un ton plus mélancolique qui n’en modifieront pas l’atmosphère générale.

Il était facile de joindre des additions au long poème. La Chanson du mal-aimé est une marqueterie d’ensembles : le Laetare, la Réponse des Cosaques Zaporogues, Les Sept Epées ont conservé leur titre et leur autonomie typographique ; mais d’autres morceaux ont été si adroitement joints que seule l’existence de manuscrits différents permet de les isoler.

La dédicace : Paul Léautaud a plusieurs fois raconté dans quelles conditions, ayant appris d’Apollinaire qu’il avait, depuis un certain temps déjà, envoyé un poème au Mercure de France, il retrouva La Chanson du Mal-Aimé et la fit publier par Vallette. Mais on s’étonne de ne trouver aucune trace de cet événement dans le Journal littéraire de Léautaud.

Cinq lectures des Sept Epées établies d’après les études suivantes :


1. Une lecture érotique : J.-R. Lawler : “Apollinaire et la Chanson du Mal Aimé”, Australian Journal of French Studies, septembre 1964.

2. Un fantasme de castration : Marie-Louise Lentengre, « Les Sept épées » ou la parenthèse onirique, revue Linguistica e letteratura, Universita di Bologna, 1981, pp. 113-175

3. Une lecture de « la fausseté de l’amour même » : images et thèmes de l’amour malheureux dans « Les Sept épées » : Lionel Follet, Revue Europe N° 451-452, novembre-décembre 1966

4. Une lecture religieuse : L’inspiration religieuse des Sept épées, Daniel Delbreil, La Revue des Lettres modernes n° 16, Minard 1983.

Pour expliquer l’image qui ordonne cet ensemble, l’étude se réfère aux représentations du Sacré-Cœur percé de sept longues lames qu’on rencontre fréquemment dans les églises de la région de Hohnef et Oberpleis. L’ancien élève du Collège Saint-Charles connaissait la dévotion à Notre-Dame des Sept Douleurs.

5. Une lecture alchimique : « Les Sept épées », une alchimie du verbe, par Françoise Dininman, La Revue des Lettres modernes n° 16, Minard 1983.






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