Guy de Maupassant, Le Horla

texte intégral téléchargeable ici

Maupassant a laissé une dizaine de contes qui posent la folie comme thème central, surtout de 1882 à 1887, moments de pleine activité de l’écrivain.

On sait bien que Maupassant a souffert d'une syphilis mal soignée, qui a suscité en lui un pessimisme profond.

Il est indéniable que l’auteur du
Horla a repris plusieurs fois la folie comme thème central de ses contes, en s’appuyant d’une part sur son propre intérêt et son expérience, d’autre part sur la connaissance contemporaine de la psychopathologie, qui connaît de grands progrès dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Il faut cependant souligner à juste titre
la raison lucide de l’auteur écrivant ces contes concernant la folie, pour en finir avec la légende d’un fou génial, décrivant la folie sous sa propre dictée, au fur et à mesure de sa progression.

Le Horla est une œuvre littéraire travaillée, consciente, et non la transcription d'un délire.


CONTEXTE

Principaux événements en 1887 (date du recueil paru chez Ollendorf et portant ce titre, après la parution dans le Gil Blas en 1886):


En littérature:

Loti,
Madame Chrysanthème; Maupassant, Mont-Oriol; Zola, La Terre; Villiers, Tribulat Bonhomet; Kahn, Les Palais nomades; Laforgue, L’Imitation de Notre-Dame la lune; Verhaeren, Les Soirs; Kipling, Simples contes des collines; traductions de L’Idiot et du Joueur de Dostoïevski.

• En peinture:
Cézanne
Nature morte à la commande; Monet, Canotiers sur l’Epte; Renoir, La Partie de volant; Seurat, Poseuse debout; Van Gogh, Le Père Tanguy; Rodin, Fugit amor; Ensor, Carnaval sur la plage.

• En musique:

Chabrier,
Le Roi malgré lui; Fauré, Clair de lune, Requiem; Franck, Psyché; Gounod, Messe à la mémoire de Jeanne d’Arc; Satie, Sarabandes; Brahms, Concerto pour violon et violoncelle; Verdi, Othello; Janacek, Sarka.

• En politique:

    3 décembre: Sadi Carnot: est élu président de la République;
    Jubilé de la reine Victoria (Angleterre).

    • Sciences et techniques:

    construction de la Tour Eiffel
    ; Hertz découvre l'« effet photo-électrique ».


    RÉSUMÉ

    L’action se passe à l’époque contemporaine. Elle est relatée sous la forme d’un Journal intime qui est à la fois très précisément daté (du 8 mai au 10 septembre), mais lacunaire et d’une fausse précision (aucune mention de l’année). Cette confession ou cette auto-analyse d’un cas de folie ou de possession par une force malfaisante, extérieure au narrateur, met en scène un rentier fortuné servi par un nombre important de domestiques, et qui vit seul, dans une maison située au bord de la Seine, dans la proche banlieue de Rouen. Il fera une excursion au Mont Saint-Michel, un voyage à Paris où il assistera à une troublante expérience d’hypnotisme. Nous le retrouvons, à la fin, à Rouen, logé à l’Hôtel Continental, ayant mis lui-même le feu à sa maison (et causé ainsi la mort de ses domestiques qu’il a enfermés), pour détruire dans l’incendie le mystérieux Horla qui le tourmente.

    Le conte de Maupassant est inséparable du climat d’une fin de siècle partagée entre le positivisme triomphant, dont les succès philosophiques se fondent sur les avancées prodigieuses de la science moderne, et le retour en force de tout le refoulé anti rationaliste (vogue mondaine du magnétisme, de l’occultisme, de la théosophie, de l’astrologie) Il faut aussi rappeler que Maupassant avait suivi avec assiduité, en 1886 et 1887, les cours du docteur Charcot sur l’hystérie, à la Salpêtrière, et que, dans les milieux parisiens les plus éclairés, on commençait à avoir vent des recherches de Freud et d’autres psychiatres viennois, recherches qui ne seront cependant vulgarisées que beaucoup plus tard.

    ÉTUDE DE L'ŒUVRE

    Objectifs


    1. Donner une étude structurale du Horla de Guy de Maupassant.
    2. Familiariser les élèves à un travail attentif et minutieux sur le texte et leur fournir une méthode d’analyse par le biais de nombreuses manipulations narratives sur le texte.
    3. Leur faire découvrir les procédés-types d’écriture du fantastique et leur donner envie de les utiliser dans des textes personnels.

    I. Définition du fantastique

    Les définitions des dictionnaires sont très insuffisantes. Voici celle que propose Todorov dans son Introduction à la littérature fantastique, coll. « Points », Seuil:
    « Dans un monde qui est bien le nôtre, celui que nous connaissons, se produit un événement qui ne peut s’expliquer par les lois de ce même monde familier. Celui qui perçoit l’événement doit opter pour l’une ou l’autre option possible:
    — ou bien il s’agit d’une illusion des sens, d’un produit de l’imagination et les lois du monde restent alors ce qu’elles sont;
    — ou bien l’événement a réellement eu lieu, il est partie intégrante de la réalité, mais alors cette réalité est réglée par des lois inconnues de nous ».
    On note qu’il n’est pas clairement dit si c’est au personnage ou au lecteur d’hésiter. Si le lecteur était prévenu de la « vérité », s’il savait dans quel sens il faut trancher, la situation serait toute différente. Le fantastique implique donc une intégration du lecteur au monde des personnages; il se définit par rapport à la perception ambiguë qu’a le lecteur des événements rapportés. L’hésitation du lecteur est donc la première condition du fantastique. Il existe des récits qui contiennent des éléments surnaturels sans que le lecteur s’interroge jamais sur leur nature, sachant bien qu’il ne doit pas les prendre à la lettre (contes merveilleux). Le fantastique implique non seulement l’existence d’un événement étrange, mais aussi une manière de lire qui ne doit être ni « poétique » ni « allégorique ».

    II. Le fantastique chez Maupassant

    On peut l’étudier principalement dans Les Contes de la Bécasse. Il prend parfois les formes de l’étrange, de l’insolite (En mer. Menuet), de la cruauté {Pierrot), du macabre (La Folle), de la peur {La Chevelure, La Peur). Nous nous proposons d’étudier ici un récit de fantastique pur: Le Horla. Précisons dès à présent le danger d’expliquer trop vite, comme le fait Pierre-Georges Castex, la présence du fantastique dans l’œuvre de Maupassant par la folie de celui-ci. Nous savons combien il est dangereux d’identifier l’œuvre à l’homme et pour l’étude qui nous intéresse, c’est inutile: il faut au contraire mettre en valeur le travail lucide et conscient de l’écriture. N’oublions pas que l’idée du Horla a été suggérée à Maupassant par une nouvelle de Fitz-James O’Brien, « Qu’était-ce? », qu’il serait très intéressant d’étudier avec les élèves avant Le Horla, afin que ceux-ci puissent apprécier le travail propre d’écriture chez Maupassant, et combien celui-ci dépasse son modèle dans la mise en œuvre du fantastique pur. La nouvelle de F.-J. O’Brien (que Maupassant n'avait pas lue) donne beaucoup plus d’éléments d’explication rationnelle, de commentaires du narrateur, ce qui est une faiblesse. Ce texte est accessible dans deux collections de poche:
    — dans un recueil de nouvelles intitulé Le Coche fantôme, Folio-Junior, Gallimard;
    — dans le tome III de la Grande Anthologie du Fantastique, Ed. Presses-Pocket, intitulé Histoire de monstres, N° 1462, qui a l’avantage de contenir aussi le texte du Horla. Cependant, notre pagination du Horla renvoie au Livre de Poche N° 840.

    III. Le Horla: essai de description structurale

    Le Horla est une brève nouvelle fantastique, parue dans sa deuxième version en 1886. Elle relate l’emprise progressive que prend un être mystérieux et invisible sur un narrateur qui rédige son journal. Il faut commencer l’étude par le repérage des traits configuratifs du texte.

    1. Les premières pistes sont données par les contraintes du genre choisi: un journal rédigé au jour le jour, ce qui implique:
    a. Une série de séquences datées, différenciées quantitativement: brèves ou longues. L’énoncé affiche sa propre segmentation, comme une bande dessinée.
    b. Dans chaque séquence, faire repérer l'« histoire » et le « discours »:
    — l'« histoire » = la narration des faits passés, à la 3e personne (« le docteur dit », « elle s’assit »);
    — le « discours » = narration des faits concomitants au présent du narrateur, à la première personne.
    c. Poursuivre l’étude, dans chaque séquence, de certaines marques formelles: les oppositions statique/dynamique; accompli/inaccompli; monologue/dialogue; les clichés, les images, les modalisateurs et organisateurs de l’énoncé.
    d. Voir la distribution des séquences, leur alternance, voir si elles s’impliquent mutuellement.

    2. La nécessité d’une hésitation commune lecteur-personnage (loi du genre fantastique que nous avons rappelée) permet de prévoir la pauvreté de la qualification du personnage-narrateur. « Je » est un personnage moyen, non nommé, non qualifié, sous-informé, objet plus que sujet, employant des clichés, faisant référence à des codes culturels stéréotypés, à la vraisemblance, au savoir sécurisant. (Voir notre étude du Tour d’écrou: le fantastique doit avoir un point de départ réaliste.) Son journal a un rythme cyclothymique simple: alternance de notations contradictoires ou complémentaires. De plus, le journal implique une simplicité extrême de focalisation: le « je » est le héros, et un inachèvement structural: il ne peut raconter sa propre mort, le récit ne peut se clore. C’est la raison pour laquelle tant de récits fantastiques adoptent le procédé du « journal ».

    3. La recherche de moments ou de séquences à mettre en corrélation permet une segmentation du récit en 3 phases: A, B, C, de longueur à peu près égales et délimitées:
    — par la séquence liminaire (8 mai — panorama de Rouen);
    — par la visite au Mont-Saint-Michel (2 juillet);
    — par la visite à Paris (12 et 14 juillet).
    Notons que Rouen, le Mont-Saint-Michel, le Théâtre Français, les Boulevards, le 14 juillet sont des lieux et des moments sociologiquement marqués: des « clichés démarquatifs ». La description de Rouen est un topos célèbre depuis Madame Bovary: […]

    PROLONGEMENTS



    PROPOSITIONS D’EXPOSÉS


    • Maupassant auteur fantastique (on s’aidera de deux textes théoriques de l’auteur sur le fantastique « Adieu, mystères » (1881) et « Par-delà » (1884).


    • Le narrateur du
    Horla et la science de son temps (contexte scientifique: travaux de l’astronome Flammarion, auteur de romans d’anticipation et vulgarisateur scientifique; recherches de Charcot dont Maupassant comme Freud, suivit les leçons à la Salpêtrière; vogue du spiritisme depuis 1850; influence du philosophe Schopenhauer (voir « Auprès d’un mort » 1883).


    • Le journal intime comme support du fantastique
    : Le Horla et Le Cœur révélateur, d’E. Poe (Nouvelles Histoires extraordinaires).


    • La première version du
    Horla: ressemblances et différences avec le texte définitif.


    DOSSIERS


    • Une fin de siècle
    : la tentation de l’irrationnel. On s’aidera des lectures suivantes :

    Nodier, Balzac, Gautier, Mérimée,
    Récits fantastiques; Villiers de l’Isle Adam, Contes cruels; Poe, Histoires extraordinaires; J.K. Huysmans, À rebours.


    • On pourra aussi prendre, connaissance d’autres nouvelles fantastiques de l’auteur
    : Le Docteur Héraclius Gloss (1875, publié en 1921); Coco, coco, coco frais! (1878); Le Masque (1881); Suicides (1881); Histoire d’un chien (1881); Fou? (1882); Magnétisme (1882); Rêves (1882); Le Père Judas (1883); Mademoiselle Cocotte (1883); L’Enfant (1883); Solitude (1884); Promenade (1884); La Peur (1884); La Tombe (1884); L’Auberge (1886); L’Endormeuse (1889).


    • L’inspiration fantastique dans l’art se retrouve à travers l’œuvre d’E. Munch ou celle de J.H. Fussli (le célèbre « Cauchemar »).


    •Le cinéma fantastique. O. n’aura que l’embarras du choix pour travailler sur ce thème. On pourra se concentrer sur l’adaptation américaine du
    Horla (L'Étrange histoire du juge Cordier R. Le Borg, 1962) et, davantage, sur le court-métrage de 38 minutes de J.D. Pollet (1966), avec Laurent Terzieff.


    BIBLIOGRAPHIE COMPLÉMENTAIRE


    Le Naturalisme, 10/18, 1978 (voir en particulier l’article de M.C. Ropars-Wuilleumier, « La lettre brûlée (écriture et folie dans Le Horla) » Colloque de Cerisy.

    • autres indications bibliographiques dans l'étude complète.

    Étude publiée dans la N.R.P. N° 8 MAI 1982

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