Gustave Flaubert,
La Légende de saint Julien l’Hospitalier


voir également:
étude de Un cœur simple
étude d’Hérodias


L’étude de ce conte de Flaubert fait suite à celle d’
Un Cœur simple, parue dans la NRP n° 7 de mai 85 et précède une étude d’Hérodias (pagination de l’édition des Trois contes, Nathan Poche).


Résumé du conte


L’action se déroule au Moyen-Âge. C’est une « vie de saint ».


Dans ses Trois Contes, Gustave Flaubert s’est inspiré par deux fois de la Cathédrale de Rouen. Dans Hérodias, il raconte la mort du prophète Jean-Baptiste inspiré du tympan du portail nord de la façade de l’église. Pour écrire La légende de Saint Julien l’Hospitalier, il s’est inspiré de l’un des remarquables vitraux du XIIIe siècle qui se trouve dans le déambulatoire. À voir ici



Né de parents nobles, dans un château, Julien devient un jeune homme vigoureux, ardent, et très cruel, passionné de chasse. Un jour, après avoir massacré une harde de cerfs, il voit s’avancer vers lui le grand mâle qui la commandait, et celui-ci lui parle: « Maudit! un jour, cœur féroce, tu assassineras ton père et ta mère! ». Effrayé de cette prophétie, Julien délaisse la chasse; mais peu de temps après, il manque de tuer accidentellement son père et sa mère. Il fuit alors le château et mène une vie d’aventurier. Devenu un mercenaire célèbre, il loue ses services aux principaux souverains d’Europe et traite avec eux d’égal à égal. Ne sachant comment le récompenser, l’empereur lui offre sa fille en mariage, et les deux jeunes gens vivent heureux, jusqu’au jour où Julien se laisser attirer par des animaux sauvages dans la forêt.

Entre-temps, ses vieux parents sont arrivés au château: leur belle-fille a le plus grand mal à les reconnaître en ces mendiants décharnés. Quand Julien rentre, les vieux sont étendus sur son lit. Dans l’obscurité, Julien croit trouver sa femme en compagnie d’un amant et il les massacre.

Le voilà de nouveau errant sur les routes, menant la vie d’un pèlerin. Il finit par se fixer au bord d’un fleuve et fait le métier de passeur. Un jour, en plein orage, il est appelé de l’autre rive par un affreux lépreux. Il va le chercher, et l’homme lui demande l’hospitalité. Il mange toutes les provisions de son hôte, s’installe dans son lit et, ne pouvant se réchauffer, demander à Julien de venir à côté de lui, puis de s’allonger sur lui. Julien s’exécute, et tout à coup le lépreux devient Jésus qui entraîne Julien à sa suite, au Ciel.



Buts pédagogiques


1. Observer l’enchaînement des événements dons ce récit et mettre en valeur le rôle du temps dans la structure générale.

2. Étudier la présentation des personnages et des lieux, et le rapport entre la narration et la description.

3. Amorcer l’étude des trois thèmes fondamentaux de ce conte (fiche complémentaire).

4. Conclure par une approche formelle de ce type de récit
: la légende religieuse (fiche complémentaire).



Plan du travail


• Travail préliminaire


Avant d’aborder l’étude en classe, les élèves ont à lire le récit, et à en faire un résumé, base indispensable à toute étude et exercice de contrôle de compréhension.


Déroulement de l’étude

Quatre séances au maximum
; selon le niveau de la classe: 2 séances pour analyse narrative, 1 séance pour l’analyse thématique. 1 séance de conclusion. Le professeur pourra naturellement, le cas échéant, choisir de mettre l’accent sur l’un ou autre des points d’étude que nous traitons ci-après.

À l’issue de l’étude narrative, les élèves ont à préparer à domicile certains relevés indiqués, pour préparer l’étude thématique.


Analyse narrative

• Rapport entre l’histoire et la narration (première séance)

À partir du résumé établi au préalable par les élèves et corrigé en classe, on distingue l’histoire (matière racontée, événements mis en valeur par le résumé) et la narration (façon particulière de raconter ces événements).

Le destin parle.

La narration se détache de l’histoire et révèle prématurément le déroulement de celle-ci. Ce repérage fera l’objet de notre première étude.


Dans chacun des
Trois Contes des prédictions ou prémonitions dessinent à l’avance le tracé de l’histoire. Ce glissement en apparence logique des faits provient de ce que le récit est déterminé par les « voix au destin ». Le récit s’annonce lui-même et détruit partiellement toute à nouveauté du message, toute surprise de l’information.


Dans
St Julien, nous savons que le meurtre aura lieu, mais ses modalités restent mystérieuses. Le suspens est détourné: à la fin de la première partie, nous connaissons le « pourquoi » de ce récit, mais non le « comment », Aucun des événements ne surprendra puisqu’une providence a écrit à l’avance la vie du héros. Les détails les plus intimes ne sont pas perdus pour le destin refermer une fenêtre, rentrer sans bruit suffisent pour provoquer la mort. Mois avant que ne se réunissent dans la réalité les bribes de la prédiction. L’intrigue permet au sens du récit de flotter, laisse aux événements une ambiguïté propre à dérouter le lecteur. Ainsi, un acte de bienveillance, « refermer le vitrail » qui dépend d’une séquence Visite, est détourné au profit d’une autre séquence Meurtre, l’obscurité favorisant la méprise fatale.


Dans ce conte, trois prédictions, fragmentées et dispersées, sont adressées à trois personnages différents. Mais si le lecteur, par le jeu de ces prédictions, connaît à l’avance certains nœuds de l’intrigue, à l’intérieur du récit il convient que les personnages ignorent ce destin qui annule leur importance et ôte toute liberté à leurs actes avant même qu’ils ne les réalisent.


Sans cette supercherie, le récit n’aurait plus de raison d’être. Aussi la narration, par diverses intentions, prend-elle soin d’isoler les personnages, les empêcher de se communiquer les bribes de l’histoire qui leur ont été révélées en particulier.


Dans
Saint Julien, après chaque prédiction faite à trois personnages différents, la narration insiste sur la valeur de secret que chacun attache à la révélation: «… mais elle (la mère) eut soin de ne rien dire, ayant peur qu’on ne l’accusât d’orgueil (p. 88): Si j’en parle, on se moquera de moi (p. 88, le père); Les époux se cachèrent leur secret (p. 89. les parents); (la femme de Julien) eut soin de taire l’idée funèbre qui les concernait (p. 107) ».


Ce récit, qui nous apprend ce que les personnages ne disent pas, révèle l’omniscience du narrateur, son pouvoir sur le destin de l’histoire. La narration y laisse deviner son avance sur l’histoire et le privilège de la connaissance accordé au lecteur.


Mais ces signes sont contrebalancés par d’autres qui justifient la vraisemblance de l’histoire et tentent de dissimuler l’arbitraire de l’écriture. Les événements, à l’intérieur de l’histoire, sont racontés dès leur apparition. À peine se sont-ils produits qu’ils se transforment déjà en fait divers, histoire, légende
: « après avoir tué ses parents et par esprit d’humilité, Julien l’Hospitalier racontait son histoire » (p. 114).



• Le double mouvement du récit


- D’une part, des morceaux d’intrigue (les prédictions) sont communiqués ou lecteur alors qu’ils n’aident nullement les personnages de l’histoire à modifier celle-ci
! la femme de Julien combat son obsession morbide et le pousse à chasser de nouveau (p. 105)


- D’autre part, des événements se détachent déjà en récits à l’intérieur même de l’histoire, assurant comme tardivement une sorte de vraisemblance à cette histoire, prenant soin que le récit puisse être raconté.


D’autres « effets de réel » se produisent quand le récit tait allusion au temps historique, celui du narrateur et du lecteur supposé. Le narrateur se porte garant de l’histoire racontée. À la fin, Flaubert conclut
: « Et voilà l’histoire de saint Julien l’Hospitalier, telle à peu près qu’on la trouve, sur un vitrail d’église, dans mon pays ».


Cette célèbre conclusion nous permet de faire une remarque importante sur la narration de ce récit
:
un conteur s’est tenu là, depuis le début du conte, ou bord du texte, et c’est peut-être lui qu’on entendait parler. Le narrateur déclare nettement sa fonction de conteur
: instance narrative avouée par un JE qui, in extremis, assume tout le conte. Mais c’est un JE qui n’implique aucune subjectivité, aucune « focalisation ». Cette légende copiée sur un vitrail, « telle à peu près » que le livre des saints ou le verrier l’a copiée: le texte doit être aussi accessible qu’une image pieuse, doit s’imposer avec la même évidence que les vitraux aux fidèles du Moyen Âge.


Ce n’est plus la personne de Julien (comme celle de Félicité) qui est l’objet du récit, c’est l’homme dans sa fonction de saint, et plus particulièrement d’hospitalier. JE parle à la place de Dieu. Il sait tout. Rien de subjectif, à de rares exceptions près. C’est un récit à l’indicatif.


• Les faits et leur liaison


Dans les récits, on peut théoriquement distinguer cinq sortes d’enchaînements: causal, chronologique, temporel, spatial, de point de vue. Quand les faits engendrent une séquence, quand un événement en provoque un autre, le lien est d’ordre causal. On constate que deux des Trois contes sont fort pauvres en séquences, Dans Un Cœur simple et La Légende de saint Julien, la plupart des événements sont isolés sans autre lien que celui d’être accomplis par le même personnage ou de se passer dans la même journée. La trame de ces récits est donc temporelle, à la différence d’Hérodias, récit fondé sur l’enchaînement causal des faits.


Mais il arrive qu’un simple jalon temporel dissimule une liaison implicite, le plus souvent de causalité. Les événements sont alors ramassés et paraissent découler logiquement l’un de l’autre, alors qu’ils sont seulement juxtaposés. Ainsi, dans
Saint Julien, après trois épisodes de chasse distincts et à la suite du dernier, il est dit que: « Le soir, pendant le souper, son père déclara que l’on devait à son âge apprendre la vénerie » (p. 92).


C’est par le subterfuge d’une liaison temporelle (le soir) que la narration intègre l’épisode (la vénerie). Il n’y a en effet aucun lien causal entre les trois séquences de chasse que le héros accomplit sans témoin autre que le narrateur, et l’épisode de la vénerie (décision du père).


De même, lorsque l’ermite disparaît de la chambre, après avoir prédit à a mère le destin de son fils, le récit se poursuit par « 
Les chants du banquet éclatèrent plus fort » (p. 88). C’est encore par une fausse liaison logique que la narration souligne la fin de l’événement (prédiction) en remplaçant l’indice d’atmosphère surnaturelle par le rappel brusque de la fête ambiante.


Quant aux liaisons d’ordre spatial, elles sont utilisées habituellement dans les descriptions où l’on passe d’un objet à un autre qui lui est proche. Si les objets sont inclus dans le même espace, ils sont alors les parties d’un tout.


Dans nos récits, les descriptions présentent des immeubles vides (la maison de Mme Aubain, la citadelle d’
Hérodias, le château, le palais et la cabane de saint Julien). Les personnages n’apparaissent pas…

[…]

Étude publiée dans la NRP N°9 mai-juin 1987.
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Voir la fiche pédagogique questionnaire et corrigé d’Un Cœur simple
notre étude d’Hérodias