Flaubert, Madame Bovary

REPÈRES

Contexte

Date de publication : 1856

Principaux événements

En littérature :

E. About,
le Roi des montagnes ;
V. Hugo,
Les Contemplations ;
A. de Tocqueville,
l’Ancien Régime.

• En musique :

A.S. Dargomejsky,
Russalka (opéra).

• En peinture :

G. Courbet,
les Demoiselles de la Seine
E. Degas,
Autoportrait.

• En politique :

fin de la guerre de Crimée (traité de Paris) ;
début de la seconde guerre anglo-chinoise ;
contre révolution en Espagne.

• Sciences et techniques :

conversion de la fonte en acier (procédé Bessemer) ;
« découverte » de la cocaïne.


RÉSUMÉ DE L’ŒUVRE

Après avoir reçu dans un couvent une éducation digne d’une « demoiselle de la ville », Emma Rouault, fille d’un paysan aisé, la tête remplie de rêveries romanesques et de lectures romantiques, épouse, un peu par ennui, un peu par désœuvrement, un médecin, Charles Bovary, veuf d’un premier mariage sans amour. Mais elle s’ennuie à Tostes et attend autre chose de l’existence, surtout après l’éblouissement d’un bal donné au château de la Vaubyessard par le marquis d’Andervilliers.

Les changements apportés par l’installation à Yonville-L’Abbaye, la naissance d’une fille, Berthe, ne la distraient guère, sauf l’ébauche d’une idylle avec un jeune clerc de notaire, Léon Dupuis, mais cette dernière est interrompue par le départ du jeune homme à Paris.

C’est avec un riche propriétaire, Rodolphe Boulanger, qu’Emma a une véritable liaison (épisodes de la saignée, des comices agricoles, de la promenade à cheval…) qui la ravit et l’arrache à la grisaille quotidienne. Son aversion pour son mari ne cesse de croître, surtout après l’échec d’une opération qu’il a tentée sur le pied-bot d’un valet de ferme.

Bientôt la platitude de l’adultère remplace celle du mariage ; la perspective d’une fuite avec son amant ravive encore sa flamme amoureuse, mais ce dernier préfère rompre, par lâcheté.

Le hasard la met en présence de Léon, revenu de Paris, et Rouen devient le lieu de leurs rendez-vous amoureux, les leçons de piano d’Emma servant de prétextes à leurs rencontres. Mais Léon est peu à peu effrayé par la passion dévorante de sa maîtresse qui a, en outre, des problèmes d’argent, à cause de tous les achats de vêtements, meubles, bibelots, faits à Lheureux, le marchand de nouveautés. Ruinée, abandonnée par ses amants, Emma se suicide en avalant de l’arsenic au moment où l’on saisit ses biens. Charles Bovary, qui découvre toute l’étendue de son infortune, meurt, fou de douleur ; leur fille, la petite Berthe, sera ouvrière dans une filature de coton et seuls triomphent le marchand Lheureux et le pharmacien Homais.


Le titre

Si
Rouault, le nom de jeune fille d’Emma, est un patronyme du terroir, Bovary est une invention de l’auteur. Elle permet sans doute de jouer sur le bredouillis du « nouveau » (Charbovary fait songer à « charivari »), mais surtout, la connotation « bovine » du terme (obstination un peu sotte et routinière, manque de virilité) plaît à Flaubert. Il la réutilisera dans Bouvard, l’associant à Pécuchet, dont le patronyme rappelle le mot latin pecus, animal de ferme.

Mais Flaubert centre son récit sur Emma. Il a trouvé le prénom lors d’un voyage en Orient, avec Maxime Du Camp, en 1849. Un soir, aux confins de la Nubie, au bord du Nil, Flaubert aurait saisi le bras de son ami en disant : « 
J’ai trouvé ! Je l’appellerai « Emma Bovary » C’est donc Emma la protagoniste du roman, celle à qui il s’identifie. Il annonce, dès le titre, une analyse du couple, centrée sur la femme.


Chronologie de l’action


Elle est loin d’être linéaire, comme le laisse entendre le sous-titre du roman (Mœurs de province) : il s’agit donc d’une fresque avec ses raccourcis et ses passages dilatés. Après une discrète intervention de l’auteur semblant rapporter un souvenir d’enfance, l’entrée du collégien Charles Bovary en classe (il a environ 15 ans), le roman, qui s’achèvera par la mort de Charles (sans doute vers 30-35 ans), se distribue en trois parties : la première nous mène jusqu’à la grossesse d’Emma et au départ du ménage pour Yonville, la seconde narre l’idylle avec Rodolphe ; dans la troisième dominent la liaison avec Léon et le suicide d’Emma. Ainsi la trame romanesque se déroule-t-elle sur plus d’une vingtaine d’années ; sans doute, sous la Monarchie de Juillet (Charles est né vers 1815), jusque dans les années 48-51 (cf Homais rend de grands services au préfet « dans les élections » et adresse une supplique « au souverain »).


Principales œuvres de Flaubert 

1821 : naissance de G. Flaubert (12 déc.), à Rouen.

1834-1836 : goût très vif pour la littérature ; écrits de jeunesse ; il rencontre (été 36) Elisa Schlésinger qui inspirera
l’Éducation sentimentale.

1840 : bachelier ; rencontre avec Eulalie Foucauld.

1841-1842 : faculté de droit.

1843 : début de la première
Éducation sentimentale.

1844 : crise nerveuse ; abandon des études de droit ; achat de la propriété de Croisset.

1845 : fin de la première
Éducation sentimentale.

1846 : correspondance avec Louise Colet, écrivain elle aussi.

1847 :
Par les champs et les grèves (avec Maxime Du Camp).

1849 : fin de la première version de
la Tentation de saint Antoine ; départ pour un voyage en Orient.

1851 : début de
Madame Bovary.

1855 : rupture avec Louise Colet.

1856 : parution de
Madame Bovary (6 numéros de la Revue de Paris, revue libérale). Le livre sortira, l’année suivante, chez M. Lévy.

1857 : procès et acquittement de Flaubert.

1862 :
Salammbô.

1863 : début de la correspondance avec George Sand.

1869 :
L’Éducation sentimentale.

1874 :
La Tentation de saint Antoine.

1877 :
Un cœur simple ; Saint Julien l’hospitalier ; Hérodias ; publication des Trois Contes chez Charpentier.

1880 : mort de Flaubert (8 mai) d’une hémorragie cérébrale.

1881 :
Bouvard et Pécuchet, publication posthume.


Le sens du roman 


Depuis que le terme de « bovarysme » désigne une névrose où se mêlent le rêve diffus, la neurasthénie et l’humeur cyclothymique, le roman de Flaubert est entré parmi les grandes œuvres de la littérature universelle. Sans doute l’auteur voulait-il solliciter l’attention du lecteur sur l’aspect intime d’un destin auquel il n’arrive rien de spécialement singulier : le roman est dépourvu d’événements, au sens anecdotique du terme, ce qui met davantage en valeur des « épisodes » comme le bal ou la rencontre avec ceux qui deviendront les deux amants d’Emma.

Cette discrétion en face des faits s’accommode parfaitement avec le regard d’Emma. Ce n’est pas qu’il ne se passe rien dans sa vie, c’est que sa langueur de femme insatisfaite et ses poussées de rêve lui font récuser l’existence pour la vivre sur un autre plan, et la rater. Comme cas, et comme séquelle du romantisme, la névrose prend avec Emma Bovary un corps exemplaire. Mais, comme un roman n’est pas une observation mais un discours organisé, le travail littéraire de Flaubert est remarquable et capable d’intéresser, encore aujourd’hui, de nombreux lecteurs.


Un roman d’apprentissage 

Madame Bovary est un roman d’apprentissage mais un roman où l’apprentissage est impossible et comme voué, dès l’origine, à l’échec. Peut-être pour la première fois, il est centré sur une femme. L’héroïne de Flaubert, à l’inverse des personnages féminins balzaciens, n’est pas appelée à jouer un rôle d’agent du destin, mais elle est condamnée à ne pouvoir échapper à la société où elle vit, société où chacun est pris dans la propre contemplation de soi.
Ce n’est pas un hasard si l’usurier est le seul à porter un nom où passe un souffle de vie, Lheureux ! En face, l’animal fixé à un sillon, Bovary, le bœuf ; le sceptique qui ne s’en laisse pas conter, Homais (ou
oh ! mais), et ce passé révolu du verbe aimer, Emma (aima). Quant aux autres, ils ont des patronymes matériels et grossiers : Boulanger, Dupuis (cf. le verbe duper), Bournisien (bourg, boude, niais…).


Le romancier et son personnage 

« 
Madame Bovary, c’est moi ! » C’est dans une multitude de sens qu’il faut prendre l’identification du romancier à son héroïne. Ainsi, la solitude dans le champ hostile ou indifférent des regards peut fournir une piste. Une autre est fournie par la thèse de R. Girard selon laquelle le désir est toujours triangulaire : on imite un Autre et un tiers s’interpose entre l’objet ainsi transfiguré et le sujet.
Peut-être en profondeur Flaubert et Emma ont-ils cela en commun de ne vivre leur existence que dans son dédoublement , cet effet de « duplication stérile » marqué dans le roman. Univers mental dédoublé qui manifeste le symptôme le plus douloureux de l’absurde.


• Les personnages (voir étude détaillée)

Tous des médiocres, depuis Homais le pharmacien et le curé Bournisien, les deux piliers du XIXe siècle contemporain de Flaubert, jusqu’à Rodolphe et Léon, les deux amants. Bien entendu la Légion d’honneur et l’avenir politique sont du côté d’Homais. N’est-il pas celui qui s’opposa à Emma (on peut lire dans leurs deux noms les traces des mots
femme et homme) ?


• L’écriture pour Flaubert 

Emma est romantique en ce sens qu’il lui manque toujours des mots pour exprimer la richesse de ses pensées. Dans l’aventure avec Rodolphe, elle revit des mots appris et elle entame, en même temps que son adultère, une activité liée à l’écriture. Le point le plus haut de son désir n’est peut-être que celui de Flaubert, hanté par le drame de l’écriture. Pour lui, il en irait de l’écriture comme du reste : la seule façon de dépasser cette castration que représente la bourgeoisie, ses valeurs pseudo-mâles (celles du père...), c’est d’assumer le manque, d’être femme en un mot.


Pistes de réflexion pour des exposés 

• Flaubert et la bourgeoisie d’après
Madame Bovary.

• Qui parle dans
Madame Bovary ?

• Dossiers :
• Flaubert et le romantisme.
• L’argent dans
Madame Bovary ; réalité ou symbole.
• La phrase de Flaubert

Recherches :
• Le désir et la répulsion dans
Madame Bovary. Essai d’une analyse clinique d’une mentalité.
• Le thème de la déambulation dans
Madame Bovary.
• La description, les dialogues dans le roman.

Lectures complémentaires

• les épouses mal mariées,
celles de Tolstoï (
Anna Karénine), de B. Shaw (Candida) ou de F. Dostoïevski (l’Éternel Mari).

• la vie de province et son ennui
chez H. de Balzac (les
illusions perdues, la Muse du département), chez E. Zola (la Conquête de Plassans) ou chez F. Mauriac (Thérèse Desqueyroux).

• les enfants malheureux de C. Dickens (
Oliver Twist, David Copperfield), de J. Vallès (l’Enfant, le Bachelier) ou de R. Musil (les Désarrois de l’élève Törless).


Bibliographie


Sur G. Flaubert :

V. Brombert,
Flaubert, Le Seuil, Écrivains de toujours, 4, 1975.

R. Dumesnil,
Gustave Flaubert, l’homme et l’œuvre, Desclée de Brouwer, 1932.

C. Cuenot,
L’œuvre de Flaubert, Hachette, Class. France, 1952.

C. Digeon,
Flaubert, Hatier, 1972.

Gérard Genette,
Les silences de Flaubert, in Figures, Seuil, 1966.

René Girard,
Mensonge romantique et vérité romanesque, Grasset, 1961

Maurice Nadeau,
Gustave Flaubert écrivain, Les Lettres nouvelles, 1980.

E. Auerbach,
Mimesis, 1948, trad. Gallimard, 1968, pp. 478488.
Roland Barthes,
Le Degré zéro de l’écriture, suivi de Nouveaux essais critiques, le Seuil, Points, 1953 et 1972.

R. Barthes,
Le Bruissement de la langue, Essais critiques IV, Seuil, 1985.

M. Blanchot,
L’Entretien infini, Gallimard, 1979.

J. Neefs et C. Mouchard,
Flaubert, Balland, 1986.

J.P. Richard,
Littérature et sensation, Le Seuil, 1954.

Marthe Robert,
En haine du roman, Etude sur Flaubert, Balland, 1982.

J.P. Sartre,
L’Idiot de la famille, Gallimard, 3 vol. 1971-1972. 

Albert Thibaudet,
Gustave Flaubert, Gallimard, 1922, 1935.


• Sur Madame Bovary :

R. Baniol,
Madame Bovary, Hatier, Thema/Anthologie, 1973.
Jules de Gaultier,
Le Bovarysme, Mercure de France, 1902

J. Neefs,
Madame Bovary, Hachette, Poche critique, 1972.

Georges Poulet, « La pensée circulaire de Flaubert », dans
Les Métamorphoses du cercle, Plon, 1961.

G. Riegert,
Madame Bovary, Hatier, Profil d’une œuvre, 19, 1971.

DICTIONNAIRE DES TYPES ET CARACTÈRES LITTERAIRES, Nathan, 1978, entrées :
amant, anti-héros, bourgeois, collégien, mari, médecin, provincial, séducteur.

DICTIONNAIRE DES FIGURES ET DES PERSONNAGES, Garnier, 1981, entrée : Emma Bovary.


Numéros spéciaux sur Flaubert :

Revue d’Histoire Littéraire de la France, juillet-octobre 1981.

EUROPE, N°485-487, sept.nov. 1969.

LITTÉRATURE, N°15, octobre 1974.

LE MAGAZINE LITTÉRAIRE, N°108, janvier 1976.


Filmographie :

MADAME BOVARY : A. Ray (USA), 1932 ; Jean Renoir (Fr.), 1933 ; G. Lamprecht (Allemagne), 1937 ; Vincente Minelli (USA), 1949, Claude Chabrol (Fr), 1991.



Dossier approfondi sur Madame Bovary


[…]

LES ORIGINES DU ROMAN


Flaubert considère que Madame Bovary a été « un tour de force inouï […] sujet, personnage, effet, etc., tout est hors de moi » (Lettre à Louise Colet, 26 juillet 1852).
[…]

… il s’agit en fait d’un officier de santé, Eugène Delamare, ancien élève du Docteur Flaubert. Sa deuxième femme le rend célèbre à cause de sa conduite scandaleuse ; en effet, Delphine Couturier le trompe, le ruine et se suicide en laissant derrière elle une petite fille et un veuf éploré. Ce fait divers a eu pour cadre le petit village de Ry, près de Rouen et serait le point de départ anecdotique de
Madame Bovary. […]


À la piste réaliste, qui part d’un fait divers, on ajoutera l’hypothèse d’une inspiration littéraire. Ainsi Flaubert a-t-il pu se servir des
Mémoires de Madame Ludovica, ou même des confidences directes de celle qui en est l’auteur, Louise Pradier, femme du célèbre sculpteur. En effet, cette dernière eut de nombreuses aventures amoureuses, […]


Mais pourquoi ne pas voir dans
Madame Bovary le fruit d’un long travail de maturation littéraire, à partir d’un sujet personnel et original sur lequel viendraient se greffer un fait divers et des lectures variées ? […]


LE TITRE

Le titre choisi par Flaubert suit une tradition romanesque en s’en démarquant aussi quelque peu. En effet, nombreux sont les romans éponymes au XIXe siècle : Eugénie Grandet, Germinie Lacerteux, Thérèse Raquin… Ils renvoient naturellement au personnage central, à l’héroïne du roman. […]


Le second titre ou sous-titre
Mœurs de province, souvent laissé de côté par les éditeurs, critiques et lecteurs a des résonances balzaciennes et tend à orienter la lecture. […]



LA PUBLICATION Et LE PROCÈS


Malgré ses réticences et ses hésitations, Flaubert confie la publication de son roman à La Revue de Paris, par l’intermédiaire de Maxime Du Camp. […]

Ces craintes sont fondées, puisqu’en 1857, on n’est guère indulgent vis-à-vis des écrivains, guettés par une censure sévère qui frappe Flaubert et Baudelaire (pour ses
Fleurs du mal), le poète ayant moins de chance que le romancier à l’issue de son procès. Flaubert est accusé « d’outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs » et comparaît en correctionnelle le 29 janvier 1857
[…]


UN ROMAN RÉALISTE


À la manière de Stendhal, Flaubert part d’un fait divers réel, le suicide d’une certaine Mme Delamare, le 7 mars 1848 à Ry. Mais en élaborant son personnage romanesque, il tente de généraliser son étude de la psychologie féminine et songe non sans compassion à toutes les Emma Bovary vivant dans leur province et à leurs rêves déçus.
[…]

Et c’est ce que Flaubert confie à Louise Colet (Lettre du 23 décembre 1853) : « 
Tantôt, à six heures, au moment où j’écrivais le mot attaque de nerfs, j’étais si emporté, je gueulais si fort, et sentais si profondément ce que ma petite femme éprouvait, que j’ai eu peur moi-même d’en avoir une. »

Les descriptions envahissent l’espace du récit : le mariage d’Emma, le bal à la Vaubyessard, les comices… […]


Le réalisme descriptif de Flaubert ne correspond pas à une volonté d’énumération exacte, mais tend souvent vers un symbolisme emblématique ou une poésie du réel et de la sensation. […]


Le romancier joue sur l’ambiguïté des points de vue, sur ce jeu de cache-cache permanent entre un narrateur à la fois présent et invisible et des personnages éloignés et proches de l’écrivain. […]


UN ROMAN COMIQUE

Paradoxalement, Madame Bovary est un roman dans lequel les éléments comiques abondent, même si l’on garde surtout en tête la fin tragique de l’héroïne et l’atmosphère étouffante de cet univers mesquin et fermé. […]

Flaubert a un faible pour les personnages grotesques évoqués à grands coups de pinceau et dont l’apparence simple va de pair avec la simplicité de leur esprit. Mais ils sont en fait peu nombreux et à cause de l’exagération des traits, s’apparentent à
des personnages de farce ou de comédie.
[…]


UN ROMAN TRAGIQUE ET PESSIMISTE


Comme le dit Charles Bovary lui-même après la mort de sa femme : « C’est la faute de la fatalité ! »
Fatalité, hasard ou ironie du sort ?
[…]

Ce roman apparaît alors comme l’histoire d’une déchéance progressive, relatant la paradoxale apothéose de l’échec et de l’impuissance : une femme, bercée d’illusions et de lectures romanesques dans sa jeunesse, s’ennuie, déçue par sa vie trop tranquille d’épouse et de mère, dans une petite ville de province « 
Tout ce qui l’entourait immédiatement : campagne ennuyeuse, petits-bourgeois imbéciles, médiocrité de l’existence, lui semblait une exception dans le monde, un hasard particulier où elle se trouvait prise, tandis qu’audelà s’étendait perte de vue l’immense pays des félic tés et des passions. » […]


Toutes les tentatives pour sortir du piège de l’ennui sont vouées à l’échec : vie conjugale, familiale, plaisirs interdits de l’adultère, religion… L’espace lui-même contribue à renforcer cette impression d’étouffement mortel : […]


AU-DELÀ DU ROMAN


À partir de ce roman, se mettent vraiment en place les doctrines esthétiques et la « philosophie » de Flaubert. Mais de là naissent aussi un type romanesque et la notion de « bovarysme ».

Jules de Gaultier (dans
Le Bovarysme, Mercure de France, 1911) lui donne les dimensions d’une vision du monde fondée sur […].


STRUCTURE DU ROMAN

Flaubert fera, avec chaque roman, l’expérimentation d’une structure propre à la présence qu’il vise. Il n’y a pas, chez lui, de composition réutilisable.

De très nombreux romans de Balzac obéissent à un dispositif narratif ordonné selon une même logique …
[…]

On pourrait faire une remarque analogue avec des romanciers comme les Goncourt ou, dans une certaine mesure, avec Zola (la construction par convergence de séries vers les grandes scènes-crises est presque une méthode chez ce dernier).

Pour Flaubert, au contraire, l’existence même de l’œuvre est subordonnée à l’invention d’une composition particulière comme elle l’est à la recherche d’un ton, d’une couleur. […]


Les personnages


Les personnages du roman n’ont pas tous le même mode d’existence.
[…]

Mais ceux qui touchent : Emma Charles, Rodolphe, Léon, (et, plus secrètement, Justin) sont actifs par l’existence qu’ils donnent au personnage d’Emma et reçoivent de lui.
[…]

Cette « révolution » commence par la manière dont les personnages sont saisis les uns par les autres dans un espace commun de perception.
[…]

Ainsi Emma est-elle d’abord une présence contemplée, ses apparitions pour Charles, pour Léon, pour Rodolphe sont autant de vues qui la dérobent dans le moment même où le regard est porté sur elle : « 
Elle se détourna, le menton baissé et le front en avant. La lumière y glissait comme sur un marbre, jusqu’à la courbe des sourcils, sans que l’on pût savoir ce qu’Emma regardait à l’horizon ni ce qu’elle pensait au fond d’elle-même. » (II, 6.)

[…]

L’existence commune

« Ce à quoi je me heurte, c’est à des situations communes et un dialogue trivial », écrit Flaubert à Louise Colet, le 12 septembre 1853. Il ajoute : « Bien écrire le médiocre et faire qu’il garde en même temps son aspect, sa coupe, ses mots mêmes, cela est vraiment diabolique. »
[…]

« 
Ce que j’écris présentement risque d’être du Paul de Kock si je n’y mets une forme profondément littéraire » (A Louise Colet, 13 septembre 1852.)

[…]« […]
d’où venait donc cette insuffisance de la vie, cette pourriture instantanée des choses où elle s’appuyait ? » .


APERÇUS CRITIQUES


Barbey d’Aurevilly, Flaubert, Madame Bovary »,
Le Pays, 6 oct. 1857, IV, repris dans Le XIX' siècle, choix de textes établi par Jacques Petit, Mercure de France, 1966, I, p. 206.


« M. Flaubert est un moraliste, […] mais il l’est aussi peu qu’il est possible de l’être, […],

Charles Baudelaire M. Gustave Flaubert, Madame Bovary, La Tentation de saint Antoine », L’Artiste, 18 octobre 1857.

« [Flaubert],
un esprit bien nourri, enthousiaste du beau, […]

Erich Auerbach, Mimesis. La représentation de la réalité dans la littérature occidentale, (1946) ; trad. française : Gallimard 1968.

Auerbach commente un passage de
Madame Bovary, les heures des repas qui réunissent Charles et Emma (I, 9, p. 67.)

« 
La scène montre deux conjoints à table, la situation la plus quotidienne qu’on puisse imaginer. Avant Flaubert, elle n’aurait été littéralement concevable qu’en tant qu’élément d’une farce, d’une satire ou d’une idylle. Ici elle constitue le tableau d’un malaise, non pas subit et momentané, mais d’un malaise chronique, qui mine une existence entière, celle d’Emma Bovary. […].


Vladimir Nabokov, Madame Bovary, (il s’agit d’un cours donné en 1948), publié dans Littératures I, (trad. de Lectures on Literature), Fayard, 1983.

« L’important, ce qu’il convient de bien peser, est ceci ; un auteur doué du génie artistique qui est celui de Flaubert réussit à transformer ce qu’il a conçu […]


Julien Gracq, En lisant, en écrivant, Corti, 1981, pp. 8182.

« Ce qui concourt beaucoup à l’équilibre et à l’efficacité de
Madame Bovary, à l’inverse de L’Éducation sentimentale où l’esprit de dérision en définitive submerge l’ensemble monotonement, c’est que tout ce qui touche de près à l’héroïne […]


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