Baudelaire, L’Invitation au voyage

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Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l'âme en secret
Sa douce langue natale.


Là, tout n'est qu'ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde ;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or ;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Trois niveaux d’analyse dans ce dossier sur le poème

  • une explication linéaire (niveau lycée) analysant les figures de style, les procédés techniques ;

  • un approfondissement du sens (niveau universitaire), et une comparaison avec le poème en prose du même titre ;

  • un dossier constitué des explications données par des critiques universitaires reconnus : étude des sources, des transpositions d’art, interprétations, jugements des critiques de l’époque, analyses universitaires, dont le problème des pluriels dans Les Fleurs du Mal ; des extraits de l’édition Blin-Crépet, des ouvrages de Hubert, Chérix, Galand et Roger Fayolle.


La partie présentée ci-dessous est le niveau 2.

Les notes et jugements proviennent des éditions suivantes:

-
édition Blin-Crépet: édition critique des Fleurs du Mal avec des notes très détaillées sur les poèmes, Corti, 1950; édition épuisée et malheureusement introuvable.

-
édition Blin-Crépet-Pichois, édition précédente refondue, comportant toutes les variantes, mais malheureusement sans les notes détaillées sur les poèmes, Corti, 1968.

-
édition Antoine Adam, avec introduction, relevé des variantes et notes, Garnier, 1961.

-
A. Ferran, Les Poésies de Baudelaire choisies et annotées, classiques Vaubourdolle, Hachette, 1936.

-
R. B. Chérix, Commentaire des Fleurs du Mal, essai d’une critique intégrale, avec introduction, concordances, références, commentaires, ntes, index, Droz-Minard, 2e édition, 1962.

-
Jean Prévost, Baudelaire, essai sur l’inspiration et la création poétiques, Mercure de France, 1953.

-
J.D. Hubert, L’esthétique des Fleurs du Mal, essai sur l’ambigüité poétique, Genève, Cailler, 1953.

-
R. Galand, Baudelaire, poétique et poésie, Nizet, 1969.

-
C. Pichois, Œuvres complètes de Baudelaire, éditées et commentées dans la Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1975.

Étude du texte (explication «linéaire » du texte)

Introduction

Trois parties nettement distinguées par les trois strophes
:

  • une invitation au départ pour trouver le pays qui constitue la correspondance (cf. le poème Correspondances) de la femme aimée;

  • une fois arrivés, au moins par l’imagination, dans ce pays, la quête d’un « secret » de « l’âme »;

  • mais ce « secret » n’est pas « Le secret douloureux qui me faisait languir », il n’aboutit pas à ce blocage de l’âme évoqué dans le poème Harmonie du soir (le soleil ne se noie pas « dans son sang qui se fige »), mais débouche sur une sorte de mort heureuse dans la convergence de toutes choses.



L’invitation pour le pays-correspondance de la femme

Toute la première strophe fait de la femme et de l’amour l’élément moteur de l’évasion rêvée. Cet élément repose sur une sorte de foi illuministe suivant laquelle il y aurait quelque part un pays en analogie exacte avec l’être aimé et c’est parce qu’on a trouvé cet être aimé qu’on doit aussi trouver le pays correspondant.

Voilà pourquoi Baudelaire va procéder par une espèce d’
incantation, multipliant les termes qui expriment le lien qui unit l'homme et la femme. Si elle est à la fois l’« enfant », la « sœur », celle dont « les charmes » séduisent l’« esprit » du poète autant que son cœur, s’il insiste, en le mettant à la rime, sur l’adverbe « ensemble », de sonorité pourtant assez lourde, ce n’est pas pour le plaisir purement gratuit de cajoler la femme aimée, mais pour bien marquer que, de toutes les façons, il s’est créé un réseau de correspondances entre le poète et sa maîtresse et qu’il n’y a donc aucune raison qu’un nouveau réseau ne se crée pas entre leur amour et un pays.


Il est du reste tellement sûr de le trouver qu’il le désigne déjà par l’adverbe « là-bas » qui ne semble comporter aucun vague, mais simplement un éloignement qui sera tout naturellement précisé avec le « 
 » du vers 13; l’hypothèse de Hubert (cf. Documents de la 3e partie du dossier), suivant laquelle les deux amants regardent un (ou des) tableau(x) de maîtres hollandais paraît très vraisemblable: elle expliquerait très bien en tout cas que le poète puisse à la fois employer l’adverbe « là-bas » et parler au vers 8 « De ces ciels brouillés », comme s’il les avait sous les yeux.

Au fond, dès le début, Baudelaire a trouvé
par l’imagination et l’art le pays en correspondance avec son amour et il rêve moins à ce pays qu’à la manière dont il y vivrait, « à la douceur/D’aller là-bas vivre ensemble ».
Sûr de ce pays et de son existence, il n’a plus qu’à chanter ce qu’il y ferait.

D’où ce début sur un rythme de chanson, avec des rimes un peu faciles et naïvement sentimentales, « 
sœur-douceur »; « loisir-mourir »; « mouillés-brouillés »; « charmes-larmes »; « mystérieux-yeux », qui traduisent un monde où tout sera aisé et où notamment la bousculade du temps, de ce que Baudelaire appelle l’Ennemi ou l’Irrémédiable (cf. notre étude sur le temps dans Les Fleurs du Mal) sera enfin aboli; extrême importance de l’expression « Aimer à loisir » (cf. le vers 25 de La Chevelure) qui ne veut pas dire exactement «aimer autant qu’on veut», mais aimer sans avoir à insérer cet amour dans un temps qui le dégrade et le transforme en souvenir (c’est le contraire d’Harmonie du soir et même du Balcon) et donne toute sa force à l’expression « Aimer et mourir » (Baudelaire n’écrit pas banalement aimer à en mourir, ni mourir d’amour), c’est-à-dire ne connaît, jusqu’à la mort comprise, qu’un amour absolu qui échappe au temps (cf. La Mort des amants).


Bref, ce « 
pays qui te ressemble » échappant à la dispersion du temps (nous verrons dans la troisième strophe qu’il échappe à la dispersion de l’espace) est celui de l’unité retrouvée dans tous les domaines Pourtant ce « pays » n’apparaît pas comme celui du beau fixe, on n’y retrouve pas « l’azur » de La Vie antérieure ni le « ciel pur où frémit l’éternelle chaleur » de La Chevelure: c’est un « pays » humide dont Baudelaire définit les « ciels » avec des images déjà impressionnistes associant la lumière à l’eau (« soleils mouillés »).

Mais aucune mélancolie ne s’attache ici à ce genre de climat, qui, dans d’autres poèmes (par exemple dans
Spleen Quand le ciel bas et lourd…), est générateur de spleen. L’« esprit » le domine, en décèle « les charmes » et en dégage sans peine la signification symbolique: il correspond aux « yeux » de la bien-aimée lorsqu’elle pleure.

Là encore, image assez courante, qui évoque la chanson populaire
; ou les fameux adieux d’Hector à Andromaque lorsqu’elle pleure et rit à la fois (Iliade, VI, vers 484). Pourtant ces « yeux » sont « traîtres » et il semble que subsiste ici quelque chose de l’inquiétude de Baudelaire devant le mystère féminin (vers 10).

Comment dans cet univers où tout est apaisement, peut-il rester trace du
thème de la femme perfide qui a tant fait souffrir Baudelaire? Peut-être que le bonheur ne serait parfait que si l’ambiguïté féminine et érotique était totalement abolie; peut-être que, sous des cieux voilés, le secret de l’âme féminine est-il moins inquiétant, conjuré par l’humidité, par toute cette eau, souvent lustrale chez Baudelaire (« Après s’être lavés au fond des mers profondes », Le Balcon).

À cette conjuration contribue également le rythme, très original, formé de groupements de tercets composés chacun de deux pentasyllabes à rimes plates suivis d’un heptasyllabe qui rime avec l’heptasyllabe du tercet suivant.

Baudelaire a le mérite, vingt ans avant le célèbre
Art poétique de Verlaine, de chercher à exploiter toutes les ressources des mètres impairs, leur allure légèrement disloquée, leur rythme un peu syncopé, leur caractère dissymétrique et donc anti-rhétorique.

Ainsi quand on entend « 
Mon enfant », on pourrait croire au début d’un discours, voire d’un sermon, ces trois sonorités nasales rempliraient facilement la première moitié d’un hémistiche d’alexandrin, et puis brusquement les deux syllabes douces et légères de « ma sœur » brisent l’envolée amorcée et rendent doucement boiteux, si l’on peut dire, ce premier vers.

Effet analogue encore plus accentué du vers 2 qui s’ouvre sur un temps fort et nasal et sur un verbe qui pourrait passer pour un avertissement (« 
songe »), puis ce sont les sonorités fluides et gracieuses de l’expression « à la douceur » qui achèvent le vers et cette expression seule équilibre (ou déséquilibre) le mot « songe ».

Baudelaire inaugure ici le vers symboliste où les mots ne s’enchaînent pas dans une coulée didactique et continue, mais sont séparés par de légers blancs sonores (cf. A. Chassang et Ch. Senninger,
Les Textes littéraires généraux Hachette, texte numéro 106, p. 255, depuis « C’est pourquoi les mots… »).

Ce serait un contresens de déclamer « 
aller là-bas vivre ensemble » avec un accent sur « bas » et un autre sur « semble », alors que les quatre mots qui composent ce vers orientent l’esprit dans quatre directions, et donc vers quatre émotions, à peu près situées au même niveau; il faut donc dire: « aller/là-bas/vivre/ensemble » sur un ton un peu monotone qui juxtapose les quatre idées de départ, d’éloignement, de vie, et d’union amoureuse et laisse à chacune le temps de produire en nous les légers chocs émotifs correspondants.

Baudelaire renonce donc au large vers rhétorique, sans pour autant retomber sur le petit vers sautillant à la Lamartine par exemple (cf.
L’Hymne du matin) : il trouve un nouveau rapport des mots et des mètres où, comme dans la musique de Duparc ou de Debussy, il y a juxtaposition et non plus phrasé, incantation et non élan lyrique, et où finalement les vers successifs ne sont guère plus séparés les uns des autres que les mots qui les composent (mais sans pourtant s’enchaîner d’une manière déclamatoire).

Au fond c’est du genre de la chanson poétique que relève
L’Invitation au voyage (cf. Les Cydalises de Nerval; le « Ô saisons, Ô châteaux» d’Une Saison en enfer de Rimbaud; le poème de Romances sans paroles de Verlaine, « Il pleure dans mon cœur »). Et ce genre convient très bien à l’évocation d’un pays imaginaire, d’un « pays de Cocagne ».


II Le refrain
Qui dit chanson dit refrain et l’on ne s’étonne donc pas d’en trouver un, vers 13-14, d’autant que des embryons de refrain s’étaient déjà esquissés avec des petits vers très balancés et très rythmés comme les vers 4-5 ou 7-8.

Cependant le ton des vers 13-14 est assez différent de ce que laisserait attendre le sentimentalisme apparemment un peu élémentaire de la première strophe
: le ton devient grave, synthétique (« tout » qui fait songer à l’« unité » du vers 6 de Correspondances) presque prophétique avec ce «  » qui est comme un geste majestueux et péremptoire du doigt. Le « n’… qu’» implique comme une sorte de purification des choses réduites à leur essence. L’énumération qui suit, loin d’être sèchement didactique, donne l’impression d’être au niveau des Idées platoniciennes, des grands archétypes du monde.

Les commentateurs ont proposé de nombreuses explications de ces cinq mots. Retenons par exemple cette analyse de Ferran
: « Ce refrain est comme un accord final qui contient et précise les thèmes d’une symphonie. Les substantifs s’atténuent, se précisent ou s’élargissent l’un l’autre : l’« ordre » s’harmonise dans la « beauté », s’enrichit par le « luxe »; la « beauté » donne une grâce sensible à la géométrie de l’« ordre »; le « luxe » et la « volupté » sont goûtés dans le « calme » et sont purifiés par l’« ordre » et la « beauté»

La question revient à se demander si ces cinq mots se contentent de se nuancer poétiquement les uns les autres ou si leur regroupement n’impose pas
l’esquisse d’un système philosophique. Notons l’alternance, d’une part de mots, qui impliquent le Beau dans ce qu’il a de mesuré, d’ordonné, bref de classique (« ordre », « calme ») et d’autre part de mots qui orientent le Beau vers une direction de plénitude et d’intensité, bref romantique (« luxe », « volupté »). En somme le Beau est peut-être pour Baudelaire ce qui associe une géométrie et une force, une harmonie et une violence, une pureté sobre et une richesse fastueuse. On peut ne pas accepter cette définition, mais il serait injuste de nier sa profondeur.

Cependant il convient d’ajouter que ce n’est peut-être pas exactement la Beauté que définit Baudelaire, mais d’abord un lieu qui répondrait aux
aspirations essentielles et opposées de l’âme: modération et profusion, équilibre et ardeur, contemplation et passion, etc. Ceci explique sans doute la « douce langue natale » du vers 26: c’est vraiment une patrie de l’âme, patrie où toutes les contradictions seraient abolies, qui est ainsi définie.
Mais cette patrie est-elle simplement celle des archétypes platoniciens
? Les grands secrets de l’âme auxquels ce refrain nous initie ne sont pas seulement métaphysiques et conceptuels, mais relèvent surtout d’une sorte d’espace à la fois intérieur et cosmique: il semble qu’on assiste progressivement, quand on écoute ces mots les uns après les autres, à la mise en place d’une profondeur qui se structure mystérieusement; par exemple le « luxe » du vers 14 ne semble pas vraiment introduire, après l’idée de « beauté », une nouvelle idée, celle de richesse matérielle, mais comme une dimension et un éclat nouveaux dans l’espace ordonné que vient de suggérer le vers précédent.
De même le mot « 
calme » n’a aucune valeur passionnelle après « luxe », ce n’est pas le « calme » que donne le « luxe », ni un « calme » qui s’opposerait à la frénésie du « luxe », mais une sorte de grand « calme » extra-temporel qui envahit tout l’espace comme une mer devenant brusquement étale.
Notons enfin que
ce refrain varie de signification suivant la strophe qu’il complète: ici il est nostalgique puisque le lieu de l’« ordre » et de la « beauté calme » n’a pas encore été atteint, mais aussi amoureux dans la mesure où le poète compte sur la femme aimée pour découvrir ce « pays qui » lui « ressemble ».

III La quête du secret de l’âme
La deuxième strophe nous introduit, par une série de symboles subtilement choisis, dans le lieu du « secret » de « l’âme », figuré par une « chambre ». L’errance est terminée, les amants sont arrivés dans un lieu clos où « tout » est un langage originel: la première chose qui les frapperait, ce serait les « meubles » lourds, anciens et « luisants »: rien n’est, on le sait, plus symbolique des complications de « l’âme » et de ses « secrets » les plus profonds que les vieux « meubles » pleins de tiroirs et de recoins (c’est même un jeu psychanalytique parfois pratiqué entre amis que de demander à chacun de décrire par exemple son armoire imaginaire et idéale). Le meuble préféré de Baudelaire est « luisant », « poli », ce qui, d’emblée, crée un effet de description en « abyme »: à peine entrevue, toute la chambre vient se refléter sur le coin brillant d’un meuble, procédé cher aux peintres flamands (cf. par exemple Le Changeur et sa femme de Quinten Matsys ou Quentin Metsys), mais qui ici, par les sépias suggérés, fait songer également à un Delacroix.
[…]

C’est déjà ici la chambre des amants (cf.
La Mort des amants) mais avec une tonalité plus « acajou », moins bleue et rose que dans ce poème: ceci s’explique parce que La Mort des amants sera surtout projeté vers le salut métaphysique des amants, tandis que L’invitation au voyage est plus récurrente et se tourne davantage vers les grands secrets originels.

C’est pour la même raison qu’un peu plus loin une indication centrale dans la strophe mettra en évidence « 
Les riches plafonds », c’est-à-dire probablement des plafonds à lambris et à caissons; même effet de complication, mais cette fois-ci en élévation: il s’agit de remonter une fois de plus vers les « secrets ». perdus de « l’âme ». À situer dans la même perspective l’épithète « profonds » accolée au mot « miroirs », ce qui évidemment … […]

- Dans ce décor sombre où jouent de mystérieuses lueurs, Baudelaire introduit en abondance l’élément floral et les parfums. Cela risque de détoner un peu
; toutefois il ne s’agit pas de toutes les fleurs, mais des « plus rares fleurs », c’est-à-dire sans doute des fleurs résultant des croisements les plus savants (cf. L’Invitation au voyage en prose), si bien que les fleurs mettent ici plus une note d’artifice au sens baudelairien du terme que des teintes gaies et colorées dans la chambre aux lourdes boiseries.
De même les parfums ne sont pas une concession faite à une sensualité un peu superficielle, d’abord parce qu’ils sont bizarres (« 
l’ambre » évoque par sa consonance autant une substance fossile qu’un parfum) et nous sommes libres de les imaginer à notre gré; ce sont des parfums de l’esprit d’autant plus difficiles à sentir réellement qu’ils sont mêlés (« Mêlant »). On a surtout affaire à une essence et à une harmonie de parfums, à une sorte de concentration quasi spirituelle où se retrouve, à un degré plus épuré que pour les « meubles », la symphonie idéologique du refrain: « ambre » = « luxe »; « mêlant » = « ordre »; « odeurs » « volupté »; « vagues senteurs » = « calme ».

Pour regrouper toutes les notations de cette strophe, Baudelaire trouve une extraordinaire expression synthétique, « 
La splendeur orientale»: « splendeur » reprenant toutes les suggestions d’éclat, et « orientale » réunissant l’idée de voyage, celle d’étrangeté, mais aussi celle d’approfondissement intérieur; bien sûr l’Orient en question peut évoquer les influences orientales qui se sont exercées sur la Hollande et Venise, mais il est avant tout cet Orient intérieur que l’on porte en soi-même et dont parlera Villiers de l’Isle-Adam dans Axel: l’orient est ici le lieu rêvé, un retour aux sources (cf. l’étymologie du mot, le verbe latin orior signifie se lever en parlant d’un astre, naître).
[…]

IV Le refrain

Alors qu’au vers 13 « là » désignait un pays et à la rigueur une femme, au vers 27 c’est, outre la « 
chambre », tout ce qu’elle symbolise, et notamment le lieu « secret » de la « douce langue natale »: c’est donc au niveau du primordial dans le temps que se situent maintenant cet « ordre » et cette « beauté » qui sont à la fois « Luxe, calme et volupté ».


V La mort heureuse dans la convergence universelle


Mais tandis que la quête de l’instant primordial se revêtait d’un certain tragique dans
La Vie antérieure et Harmonie du soir, L’invitation au voyage va s’épanouir en une voluptueuse disparition des choses, et ceci dans un espace devenu convergent, ayant retrouvé son unité en un cœur du monde.

Dès le début de cette troisième strophe, la femme aimée est en effet invitée à contempler (une certaine équivoque sur cet impératif « 
Vois ») un port (« vaisseaux; viennent du bout du monde »), mais avec des termes choisis de telle manière qu’ils ne suggèrent nullement l’idée de départ, de fuite (différence avec Le Port des Petits Poèmes en prose) mais plutôt de clôture («canaux»), d’immobilité («Dormir»), de convergence concentrique («du bout du monde»).

S’il est rappelé que « l
’humeur » des « vaisseaux » « est vagabonde », c’est pour mieux montrer la puissance de ce lieu convergent où les amants sont parvenus. Lieu convergent, c’est aussi un lieu d’assouvissement où la femme aimée est mise à la manière courtoise sur une sorte de piédestal où tous les hommages de la terre lui sont adressés (vers 32-34). Mais, à la différence de la courtoisie, le poète parle assez charnellement d«assouvir» le « désir » de la Femme («luxe et volupté»), car, même s’il ne faut pas aller jusqu’à interpréter sexuellement le mot « désir », celui-ci, tel qu’il est placé à la rime avec « assouvir », implique une plénitude du cœur et des sens qui donne vraiment l’impression de combler l’être. Le monde tout entier se fait lignes magnétiques, champ de forces polarisées par le désir humain.

- Et voici qu’intervient le soleil couchant, ou plutôt « 
Les soleils couchants », suivant un pluriel qui fait penser au vocabulaire de la peinture…

[…]


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