Sade et la Révolution



L’engagement de Sade paraît des plus modérés, à mille lieues de la virulence du pamphlet que donne à lire La Philosophie dans le boudoir.


On se serait pourtant attendu à voir l’auteur des
Cent Vingt Journées de Sodome — œuvre antérieure à 1789 — se complaire dans les excès révolutionnaires. Or, c’est tout le contraire qui s’est passé.


Ainsi, Sade se serait toujours
opposé à la peine de mort, qu’il s’agît du roi ou — de façon plus étonnante encore quand on sait le ressentiment qu’il nourrissait contre eux — de ses anciens beaux-parents.


L’ex-marquis semble faire preuve, entre 1790 et 1793, d’une horreur de l’assassinat attestant que les héros meurtriers mis en scène dans ses romans constituaient à ses yeux des repoussoirs et non des modèles.


Ce « 
modérantisme » trouvait aussi à s’exprimer dans le domaine strictement politique. Même devant les membres de la section des Piques, Sade mettait régulièrement en doute que la France pût accepter un gouvernement républicain et il jouait, en quelque sorte, les opposants de l’intérieur.


Cette attitude ne fut pas — on l’imagine aisément — du goût des révolutionnaires convaincus, qui firent arrêter l’écrivain en décembre 1793.

Le Comité de surveillance de la section des Piques accusa Sade d’être « 
[l’] ennemi par principe des sociétés républicaines, faisant continuellement dans ses conversations particulières des comparaisons tirées de l’histoire grecque et romaine pour prouver l’impossibilité d’établir un gouvernement démocratique et républicain en France » (Maurice Lever op. cit.).


L’ex-marquis fut
condamné à mort le 26 juillet 1794, après un réquisitoire de Fouquier-Tinville qui reprenait les accusations du susdit Comité de surveillance.


Le lendemain, on chercha en vain le prisonnier, qui avait été incarcéré à Picpus après plusieurs autres stations. Le dossier incomplet de ses déménagements lui sauva la vie. Robespierre tomba en effet le 28 juillet, et cette chute mit fin à la Terreur. Sade fut libéré le 15 octobre.