La réception des Confessions par les contemporains



On peut distinguer:


-
une prédiffusion

Rousseau avait donné plusieurs lectures de son ouvrage pendant l’hiver 1770-1771 et au printemps 1771. Il avait en outre fait lire son manuscrit à Malesherbes (chargé de la Librairie, c’est-à-dire de la censure), à Turgot, et à Duclos.
Il avait également fait circuler des copies manuscrites du préambule, et, de son vivant, s’est assez tôt assuré de faire sa publicité.


-
une campagne de presse très favorable à Rousseau

En 1778, peu après sa mort, le
Journal de Paris publie quelques extraits inédits. La direction du Journal était entre les mains d’amis de Jean-Jacques Rousseau. Tous les trois jours, les extraits se succédèrent jusqu’au 30 juillet.
Le sommet de cette campagne de presse
:
L’écrivain Claude-Joseph Dorat, lié à la comtesse Fanny de Beauharnais, publie le 30 août dans le Journal une « 
Lettre » très élogieuse (adressée à la Comtesse): « L’écrit dont je vous parle est vraiment un chef-d’œuvre de génie de simplicité, de candeur et de courage ».


- publication de la Première partie: déception et réprobation

Je cite ici pour mémoire, parce qu’elle est très connue, la réaction de
Diderot en 1772 et en 1782 dans
Essai sur la vie de Sénèque, et Essai sur la vie de Claude et de Néron.
Le succès de librairie de la première partie est considérable (8
000 exemplaires vendus en quelques mois) mais les lecteurs s’attendaient à des anecdotes croustillantes et ils ont été déçus !
Les réactions les plus malveillantes sont venues des salons (Mmes de Boufflers, Geoffrin, Genlis et Lespinasse)
Boufflers
: « L’ouvrage de ce valet de basse-cour en tout point lunatique et vicieux »


-
Plus tard, deux « supporters » de choix:

En 1788, Mme de Stael défend vigoureusement Rousseau dans ses « 
Lettres sur les ouvrages et le caractère de Jean-Jacques Rousseau ».
Et surtout le brillant éditeur des « 
Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau »: Louis-Sébastien Mercier, en 1788 également.
L’auteur du « 
Tableau de Paris » met bien en valeur les contrastes de l’œuvre dans sa préface: « C’est l’assemblage étrange de toutes les passions portées à l’extrême, quoique balancées les unes par les autres. »


Bref
:

En Angleterre
: très mauvais accueil (la traduction du préambule était pleine de boursouflures…). Ensuite, le livre y sera dénoncé comme un
« 
évangile des ténèbres » (ils n’avaient encore aucune idée de ce que leur mijoterait Donatien-Aldonse-François…)


En Allemagne
: accueil enthousiaste des plus grands: Goethe, Schiller,
Kant, Hoffmann, Hölderlin, mais personne ne s’en étonnera.