Charles Deulin
Les Contes de ma mère l’Oye avant Perrault
Éditeur C. Dentu, 1879

Charles Deulin (1827-1877) est un journaliste et écrivain français.

Né à Condé-sur-Escaut, il fait ses études à Valenciennes.
Installé à Paris, il se lie avec Francisque Sarcey dont il épouse l’une des sœurs.
Il collabore alors à plusieurs périodiques, dont
le Figaro, Le Pays, Le Journal pour tous,
Le Monde illustré, La Nation, L’Esprit public, La Revue de France
.
Il se mit ensuite à écrire contes et chansons, dont les plus connus sont
:
Les Contes d’un buveur de bière, 1868
Les Contes du roi Cambrinus, 1874
Les Histoires de petite ville, 1875.
Il a également publié
:
Chardonnette (Les Amours de petite ville), roman
Les Richepanse, roman
• Les Contes de ma Mère l’Oye avant Perrault, en 1878
(posth.).

Les notes figurent en bas de page


INTRODUCTION
I
Mon intention n’est pas de donner au public un simple recueil de contes, encore moins de lui présenter un pur travail d’érudition sur un sujet qu’il est de mode aujourd’hui de traiter au point de vue philologique et ethnographique. Je laisse à MM. C.-A. Walckenaer, Alfred Maury, Charles Giraud, etc., le soin de chercher d’où viennent les fées, les ogres et la Mère l’Oye elle-même; je ne veux pas non plus m’inquiéter de savoir, après MM. Gaston Paris, Angélo de Gubernatis, Loys Brueyre, André Lefèvre, Hyacinthe Husson, etc., etc., quels mythes solaires sont renfermés dans Peau d’Âne, la Barbe bleue et Cendrillon.
Cette science est trop haute pour moi
; de plus, elle me paraît encore un peu trop vague et hypothétique. L’avouerai-je, d’ailleurs? C’est sans enthousiasme que j’ai lu dans la Chaîne traditionnelle de M. Husson que le petit Chaperon Rouge est une aurore, et la Belle au bois dormant, « l’image d’une belle nuit calme et sereine, ou, si l’on veut, de la lumière céleste envahie par la Nuit ou par l’Hiver. » J’aime les contes pour eux-mêmes; aussi bien que l’allégorie, le symbole me glace, et je serais vraiment fâché que M. Paris me prouvât jusqu’à l’évidence que le Petit Poucet n’a jamais existé qu’au ciel, sous la forme d’un dieu aryen.
Mon but est seulement d’examiner les différentes versions des contes publiés par Charles Perrault, sous le titre de
Contes de ma mère l’Oye qui, avant lui ou de son temps, couraient en France et chez nos voisins. Afin que cette étude critique soit la plus exacte et la moins ennuyeuse possible, je produirai in extenso les traditions qui se rapprochent le plus de ces historiettes. Je les comparerai entre elles et je tâcherai d’y retrouver le génie des nations qui les auront fournies.
Je ne prétends pas, notez-le bien, que ces récits soient les sources où a puisé l’auteur de la
Barbe bleue; je suis convaincu, malgré l’opinion contraire de F. Génin et d’A. Maury, qu’il n’a guère consulté que les nourrices; je crois même qu’on peut regarder comme une des versions du Petit Poucet qui couraient de son temps, La fiaoue qu’Oberlin a donnée dans son Essai sur le patois lorrain. Elle me servira peut-être à faire voir que l’interprétation si ingénieuse et si savante de M. Paris laisse quelque chose à dire et pèche par un certain côté.
Bien que Charles Perrault soit l’objet de cette étude, je n’écrirai point sa biographie. Ce travail a été fait dernièrement par M. Lefèvre de façon à ce qu’on n’ait pas à y revenir. L’édition des
Contes de ma Mère l’Oye, que le poëte érudit vient de publier dans la Nouvelle Collection Jannet, me paraît être l’édition définitive, et mes lecteurs me pardonneront de les y renvoyer pour tout ce qui n’a pas directement trait à mon sujet.

II
L’auteur du Petit Poucet n’était point en son temps un mince personnage. Membre de l’Académie des Inscriptions et de l’Académie française, il avait su s’élever à l’emploi de premier commis ou, comme nous dirions aujourd’hui, de secrétaire général du ministère des finances. Par Colbert il avait l’oreille de Louis XIV, et c’est sur son conseil que furent rejetés les plans demandés au cavalier Bernin pour la continuation du Louvre. Non seulement il occupait un poste considérable; il se montrait de plus, par sa valeur personnelle, tout à fait digne de ses hautes fonctions.
Doué d’un esprit indépendant et aventureux, il était accessible à tous les goûts, à toutes les innovations
; il cultivait à la fois et avec un égal succès les beaux-arts et les belles-lettres. Il finit même par créer en littérature un genre, qu’il n’osa pas avouer d’ailleurs, et auquel il doit d’être immortel.
En 1683, à l’âge de cinquante-cinq ans, il se retira des affaires dans sa maison du faubourg Saint-Jacques pour soigner l’éducation de ses enfants et aussi pour mieux s’adonner aux lettres que, depuis vingt ans, il avait à peu près délaissées. Il y écrivait des pièces de vers assez médiocres, car la poésie était sa partie faible, bien que, dans ses
Mémoires, il cite avec complaisance son Poëme de Saint-Paulin, « qui eut assez de succès, malgré les critiques de quelques personnes d’esprit. »

Quatre ans après, il composa le poëme du Siècle de Louis le Grand et il le lut dans une séance de l’Académie. On connaît le résultat de cette lecture.

(…)

Charles Deulin (1827-1877), édition C. Dentu, 1879.


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