Grimm, Perrault : Le Conte et l’Imaginaire


Il est possible de séparer, dans l’étude du conte, ce qui appartient à son origine (le « folklore »), à son histoire, et à sa structure dans le sens formaliste, de ce qui ressortit à l’imaginaire. Cela posé, le rapport du conte à l’imaginaire est complexe. La problématique doit d’abord tenir compte du point de vue qu’on adopte, selon qu’on se place du point de vue du « destinateur » ou du « destinataire » et il faut en fait tenir ensemble les deux fils, la chaîne et la trame du tissu du conte.

Le « 
plaisir extrême » que prenait La Fontaine à entendre raconter Peau d’Âne et celui de tous les enfants que nous avons été, d’où vient-il ?
Quelle est sa spécificité par rapport au plaisir venu du reste de la littérature - le conte occupant en effet par rapport à elle une position marginale ? Et pourquoi un auteur décide-t-il de puiser dans ce corpus de tradition orale pour en faire une œuvre écrite, en y apportant plus (Apulée, Perrault, Andersen) ou moins (Grimm) de retouche, en s’appropriant une certaine manière un trésor commun ?

Le déclenchement de cet intérêt et de cette utilisation a certes des raisons historiques, mais ces raisons doivent être complétées par des causes « irrationnelles », celles qu’on peut trouver dans le jeu des forces de l’imaginaire.

Les frères Grimm avaient bien vu que les contes ne « 
sont jamais le simple jeu coloré d’une imagination sans contenu », mais qu’ils sont « des petits fragments d’une pierre précieuse éclatée » qui était pour eux le mythe, dont la définition était d’ailleurs assez vague. Ce sont donc les contenus qui nous occuperont ici, étant bien entendu que d’une part une étude structurale, permettant de déterminer les actants est fort utile : elle permet par exemple de comparer les paradigmes de l’« aide magique » ; et d’autre part, certaines formes prises par les contenus doivent être expliquées par la situation historique du conte (ex. Platonisme d’Apulée, traits du XVIIe chez Perrault). Mais ici, nous nous occuperons de ce que Jacob Grimm, dans sa controverse avec Arnim, appelait le « fond », qui reste identique à soi-même quand bien même on le raconte avec d’autres mots (cf. André. Jolles, Forme simples, Seuil, 1972, p. 179).

1. PREMIÈRE APPROCHE : LA REDONDANCE DES THÈMES ET MOTIFS

Qu’elle vienne d’une origine commune, d’ailleurs impossible à prouver, importe finalement peu. Ce qui nous importe ici est le sens à donner à leur similitude, quels que soient le lieu et le temps où le conte oral s’est fixé, en ne perdant pas de vue toutefois que la forme, elle, dépend de ces temps et lieux. (ex. : l’animal aide magique varie entre Apulée, l’Aigle, et Andersen, le Cygne ou l’oie sauvage).

1. Héros et héroïnes

a. héros :

Ce sont en majorité des êtres humiliés ou méconnus à qui le destin finit par rendre justice grâce à des aventures merveilleuses où ils prouvent leur valeur. En ce sens,
Le vilain petit Canard d’Andersen, qui est une invention et non une reprise de conte oral, se range cependant dans le même thème que tous les Poucet, les princes cadets méprisés, les plus jeunes des frères.

Cela se traduit parfois par leur condition sociale (soldat de plomb, tailleur, fils de meunier -
Chat botté). Ces héros ont besoin d’une aide magique (voir plus loin) mais ils obtiennent aussi réparation de la fortune grâce à leurs qualités : courage, astuce et aussi et surtout, capacité à accepter, utiliser, comprendre le merveilleux et le magique ; autre qualité : politesse et charité, c’est-à-dire attention portée aux humbles, humanité ; le conte revendique ainsi indirectement le droit pour le peuple à être traité humainement.

Quoi qu’il en soit, le statut du héros est bien celui d’un être qui d’une manière ou d’une autre change de statut, et de façon bénéfique.

Lorsque le conte devient plus « réaliste » comme chez Andersen, certains héros deviennent plus humains - dans le sens de la médiocrité - et le prince de
La petite Sirène est incapable de reconnaître le vrai mérite, alors que ceux des contes de Grimm reconnaissent toujours la vraie fiancée.

La catégorie des pères est intéressante à considérer : s’ils ne sont pas à l’article de la mort, cédant leurs biens ou leur royaume de façon étrange (le plus jeune est désavantagé, ou bien le royaume ne sera donné qu’au vainqueur d’épreuves qui n’ont évidemment rien à voir avec le bon gouvernement…), ils sont faibles, dominés par leurs épouses, en général la seconde, qu’ils ont très mal choisie et parfois incestueux (
Peau de mille bêtes)

b. héroïnes :

On notera d’abord qu’il y a plus d’héroïnes que de héros dans les contes écrits, ce qui n’est pas vrai pour le conte oral. Est-ce parce que les contes étaient racontés par les « mies » ? Bettelheim indique avec raison que le sexe du héros, surtout enfant, est en réalité interchangeable.

Elles sont très souvent en but à des persécutions (Cendrillon, Blanche-Neige, La Belle au bois dormant, Peau de mille bêtes etc.) qui sont le fait de leur marâtre (de leur père pour le dernier cas) car elles sont orphelines de mère et leur père ne les soutient pas. Ces épreuves ont un caractère plus radical, plus humiliant que les épreuves imposées aux garçons, et elles y répondent souvent plus passivement. Toutefois, Psyché, après sa soumission à Vénus, joue un rôle plus actif, Poucette chez la souris prend son destin en main, et Gerda en quête de Kay n’est véritablement pas différente des héros masculins.

Il y a ici une sorte d’inversion, car la plupart du temps, les princesses sont des trésors à conquérir (type
Belle au bois dormant) ; prisonnières de maléfices, enfermées dans des châteaux, gardées par des géants, leur délivrance est une conquête et l’issue d’un combat (dans La Belle au bois dormant le thème est affaibli : il faut traverser la forêt magique ; des princes y laissent la vie puis le thème du combat est repris dans le second épisode, le prince devant délivrer sa femme de sa mère ogresse, alors qu’il est lui-même engagé dans une guerre : dans un cas de ce genre, on a une variation complexe du thème).

On remarquera que pour délivrer un prince enchanté (
Le poêle de fonte, L’Alouette sauteuse et chanteuse soit le type de la Belle et la bête en général) il faut surtout que la femme fasse preuve d’amour et de constance. Chez Andersen, où la réalité l’emporte, dans La Vierge des glaciers, cela cependant ne suffit pas.
Les qualités des héroïnes sont traditionnellement « féminines » : constance, fidélité, amour, patience, dévouement, mais elles ont aussi du courage actif (
Les six Cygnes) de l’initiative (Psyché, une fois surmontée la tentation du suicide).

(…)
2. Les partenaires merveilleux

a. les partenaires terribles :

b. les partenaires bénéfiques :

3. Les lieux et les temps

a.
in illo tempore :
b. ce temps est lié à une localisation aussi vague « Erant in quadam
civitate… »
c. les lieux sont en outre magiques et symboliques :

4. Les Épreuves

a. la soumission aux épreuves
b. la forme des épreuves
c. le résultat

II. TENTATIVES D’INTERPRETATION

1. psychanalyse

a. le conte est un mode d’apprentissage

b. plusieurs problèmes

2. mythocritique

a. mythe, saga et conte

b. thème initiatique

CONCLUSION



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