Écrire un dialogue

1. Voici un passage de dialogue dans un roman : relevez les mots qui montrent comment les répliques s’enchaînent.


Dans la Russie envahie par les Tartares, le tzar envoie un courrier secret porter une lettre au grand-duc, son frère, en Sibérie. Il faut franchir les territoires occupés par l’ennemi.

– Voici une lettre, dit‑il, que je te charge, toi, Michel Strogoff, de remettre en main propre au grand‑duc et à nul autre qu’à lui.
– Je la remettrai, Sire.
– Le grand‑ duc est à Irkoutsk.
– J’irai à Irkoutsk.
– Mais il faudra traverser un pays soulevé par des rebelles, envahi par des Tartares, qui auront intérêt à intercepter cette lettre.
– Je le traverserai.
– Tu te défieras surtout d’un traître, Ivan Ogareff, qui se rencontrera peut-être sur ta route.
– Je m’en défierai.
– Passeras-tu par Omsk ?
– C’est mon chemin, Sire.
– Si tu vois ta mère, tu risques d’être reconnu. Il ne faut pas que tu voies ta mère.
Michel Strogoff eut une seconde d’hésitation.
– Je ne la verrai pas, dit-il.

Jules Verne, Michel Strogoff. 1876.



2. Dans ce dialogue, certaines répliques ont été ôtées et sont présentées séparément, en désordre. À quel numéro correspond chacune de ces répliques ? Expliquez comment vous procédez pour répondre.

Le Petit Prince, au cours d’un long voyage interplanétaire, rencontre un ivrogne.

– Pourquoi bois-tu ? lui demanda le petit prince.
1
– Pour oublier quoi ? s’enquit le petit prince qui déjà le plaignait.
2
Honte de quoi ? s’informa le petit prince qui désirait le secourir.
3
Et le petit prince s’en fut, perplexe.

Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, © Gallimard, 1946.


Répliques :

a. Honte de boire ! acheva le buveur qui s’enferma définitivement dans le silence.
b. Pour oublier que j’ai honte, avoua le buveur en baissant la tête.
c. Pour oublier, répondit le buveur




Retenons

• Dans un récit, les passages de dialogue rapportent les propos échangés par les personnages.
• Pour écrire un dialogue, il faut enchaîner les
répliques logiquement, en tenant compte de ce qui précède et de ce qui suit.


3. Quel personnage domine l’autre au début, puis à la fin du dialogue ? Où se produit le renversement de situation ?

Madame Lepic. – Mon petit Poil de Carotte chéri, je t’en prie, tu serais bien mignon d’aller me chercher une livre de beurre au moulin. Cours vite. On t’attendra pour se mettre à table.
Poil de Carotte. – Non, maman.
Madame Lepic. – Pourquoi réponds-tu : non, maman ? Si, nous t’attendrons.
Poil de Carotte. – Non, maman, je n’irai pas au moulin.
Madame Lepic. – Comment ! tu n’iras pas au moulin ? Que dis-tu ? Qui te demande ?…. Est-ce que tu rêves ?
Poil de Carotte. – Non, maman.
Madame Lepic. – Voyons, Poil de Carotte, je n’y suis plus. Je t’ordonne d’aller tout de suite chercher une livre de beurre au moulin.
Poil de Carotte. – J’ai entendu. Je n’irai pas.
Madame Lepic. – C’est donc moi qui rêve ? Que se passe−t−il ? Pour la première fois de ta vie, tu refuses de m’obéir.
Poil de Carotte. – Oui, maman.
Madame Lepic. – Tu refuses d’obéir à ta mère.
Poil de Carotte. – À ma mère, oui, maman.
Madame Lepic. – Par exemple, je voudrais voir ça. Fileras-tu ?
Poil de Carotte. – Non, maman.
Madame Lepic. – Veux-tu te taire et filer ?
Poil de Carotte. – Je me tairai sans filer.

Jules Renard, Poil de Carotte, « La Révolte ! », 1894.



Retenons

• Pour écrire un dialogue qui progresse, il est intéressant d’imaginer un renversement de situation : le personnage dominant du début du dialogue est le personnage dominé à la fin.



••
4. Écrivez un dialogue de quatre répliques (minimum) entre le petit garçon et son père à la place de la vignette du milieu. Imaginez un renversement de situation.


Capture d’écran 2017-01-19 à 21.00.19


Bill Watterson, Calvin et Hobbes, tome 21, « Je suis trop génial ! », © Hors Collection, 1996.


•• 5. Imaginez la fin de cette scène en inventant trois répliques, au minimum. Efforcez-vous de clore ce dialogue par des paroles inattendues.

Dans le conte de Maupassant, La Parure (1881), on voit une femme perdre sa vie à rembourser une rivière de diamants empruntée à une amie et égarée. Après s’être perdues de vue durant dix ans, les amies se rencontrent par hasard.
Mme Forestier s’était arrêtée.
– Tu dis que tu as acheté une rivière de diamants pour remplacer la mienne ?
– Oui. Tu ne t’en étais pas aperçue, hein ? Elles étaient bien pareilles.
Et elle souriait d’une joie orgueilleuse et naïve. Mme Forestier, fort émue, lui prit les deux mains.
– …


••
6. Imaginez le dialogue entre la mère et l’enfant, sans perdre de vue la phrase de conclusion (vignette 4)


Capture d’écran 2017-01-19 à 20.58.06


Bill Watterson,
Calvin et Hobbes, tome 21 « Je suis trop génial ! », © Hors Collection, 1996.


•• 7. Dans cette conversation entre les vaches d’un troupeau, relevez les verbes qui introduisent les paroles : comment sont-ils choisis ? Marquent-ils une progression ? Justifiez votre réponse.

– Meuh ! meuh ! meuh ! mugissait Rose de Mai, c’est heureux qu’il y ait une justice en ce monde.
– Meuh ! meuh ! meuh ! continuaient‑elles toutes ensemble […].
– Viens un peu, criait Rose de Mai, et je te donnerai un coup de pied que tu n’oublieras pas de sitôt
– Viens, dit Lys d’Or, je te ferai danser sur mes cornes.
– Viens ici, approche un peu, et je t’apprendrai ce que je ressentais, moi, l’été dernier, lorsque tu me lançais ton sabot ! rugit l’Étoile.
– Viens ! je te ferai payer la guêpe que tu me lâchais dans l’oreille ! beugla Lys d’Or.

Selma Lagerlöf, Le Merveilleux voyage de Nils Holgersonn à travers la Suède (1906), trad. Thekla Hammar, 1923.


••• 8. Voici une série de verbes introducteurs de paroles. Classez-les dans un tableau que vous construirez sur le modèle ci-dessous.


admettre – assurer – bégayer – clamer – couper – demander – dénoncer – en marchant de long en large – enchaîner – exulter – gémir – glapir – gronder – hocher la tête – insister – juger – murmurer – ordonner – plaisanter – reconnaître – réprimant un mouvement d’humeur – reprocher – riposter – rugir – s’étonner – s’excuser – s’écrier – s’esclaffer – s’inquiéter – se lamenter – se réjouir – se soumettre – sourire – tonner – vociférer – zozoter


Action

Rapport de force

Sentiments

Ton de la voix

Intensité vocale et débit

Mouvement



Bilan

Écrire un dialogue

• Quand on fait parler des personnages dans un récit, les paroles échangées doivent avoir une signification dans l’ensemble de l’histoire.

• Un dialogue doit progresser : il est intéressant de mettre en scène des personnages qui s’opposent, et de ménager un retournement de situation.
• La
fin du dialogue doit terminer l’échange de façon originale et en donnant vraiment l’impression que la conversation est terminée.
On peut ménager une « 
chute » dramatique ou humoristique.
• Les
verbes qui introduisent les paroles permettent de commenter l’action, d’indiquer le ton de la voix, le débit, la prononciation.
• La ponctuation du dialogue doit être respectée : guillemets, tirets pour les changements d’interlocuteurs.



Fiche publiée dans Grammaire et expression 5e, Nathan, 2010